Nov 19 2008
dng_tm.gifLa sauvegarde de ses données et leur pérennité est une problématique épineuse quand on utilise un format d'enregistrement raw plutôt que le jpeg.  En effet, s'il est très probable que dans 10 ans les images jpeg soient toujours lisibles, la chose est bien moins certaine concernant les formats raw. Il est pertinent d'écrire "les" formats raw car ils sont "propriétaires" et il en existe autant que de constructeurs, et même en réalité autant que de boîtiers !
Le paysage global de la photographie reflex évoluant très rapidement, nul ne peut dire aujourd'hui si telle ou telle marque sera toujours présente dans 10, 15 ou 20 ans. Les minoltistes désormais sonystes le savent mieux que les autres, eux qui ont vécu la disparition de leur marque il y a un peu plus de 2 ans. S'il leur est encore possible de lire et développer leurs raws avec le logiciel Minolta Dimage Master, celui-ci n'évolue plus, est très difficile à trouver si on a égaré le CD d'origine, et deviendra un jour impossible à installer sur les nouveaux OS. La pérennité des données propriétaires est donc déjà en danger et la question de la sauvegarde des données non cryptées dans un format standard se pose avec acuité.
C'est dans cette optique qu'Adobe a créé en 2004 son Digital Negative (DNG), format ouvert d'archivage des fichiers bruts. Ce DNG est-il la solution à toutes les menaces qui pèsent sur la pérennité des fichiers raws ?  C'est ce que nous allons tenter d'évaluer dans cet article.


1. Pour quelle raison les formats raw sont-ils "propriétaires" et non pas normalisés ?

La première raison est historique : chaque constructeur a naturellement créé son propre codage du fichier brut. Il faut rappeler que le raw existe depuis que la photographie numérique existe puisqu'il s'agit des données brutes enregistrées par le capteur, qui ensuite passent dans le DSP (logiciel embarqué dans le boîtier) pour interprétation et transformation en fichier image jpeg ou tiff). Il n'y avait donc aucune raison que ce format soit normalisé.
Ce qui est relativement récent, c'est la mise à disposition de ces fichiers bruts en plus des fichiers image sur les reflex et certains bridges et compacts haut de gamme. La question de l'harmonisation des formats raw ne se pose donc que depuis une poignée d'années.


2. Pour quelles raisons les plus grands constructeurs ne décident-ils pas aujourd'hui d'adopter un format commun ?

Et même pire : pour quelle raison certaines informations contenues dans le raw sont-elles cryptées ?
Il est probable que les constructeurs désirent laisser à leurs propres logiciels de développement (IDC pour Sony) un petit avantage sur les logiciels généralistes comme Lightroom, Photoshop, DxO, etc. Il faut savoir que l'entente entre les constructeurs et les éditeurs indépendants est tout sauf cordiale, et la lecture des formats propriétaires relève tout simplement du hacking, avec toutes les incertitudes que cela comporte.
Certains constructeurs ont pourtant sauté le pas, et pas les moindres : Leica, Pentax/Samsung, Ricoh ou Hasselblad proposent sur certains de leurs boîtiers la possibilité d'un enregistrement en DNG. Pentax, avec son K20D, avait alimenté l'espoir d'une normalisation à terme, jusqu'à ce que l'on découvre que l'enregistrement propriétaire contenait plus de données que la version DNG. Autant dire que cela a un peu plombé l'ambiance...
Tant que les acteurs majeurs du monde des reflex numériques s'en tiendront à un format propriétaire fermé et crypté, la pompe de la normalisation ne sera pas vraiment amorcée.


3. Que contient un fichier DNG ?

Le DNG peut contenir un grand nombre d'informations, bien plus qu'un simple fichier raw ou bitmap. Il s'appuie sur plusieurs formats standardisés comme le TIFF pour la partie bitmap, ou encore EXIF, IPTC ou XMP pour les métadonnées.
Voici une liste non exhaustive des données que peut contenir un DNG :
- les données brutes du capteur, transcodées en format DNG par le moteur de conversion DNG Converteur ou certains logiciels comme Lightroom ou Photoshop, ainsi  que des zones dédiées aux données propriétaires cryptées.
- les métadonnées comme les EXIFS ou les IPTC, mais également les paramètres de développement (LR ou ACR par exemple) écrits en métadonnées dans les fichiers side-car XMP.
- l'échantillonnage (8, 16 ou 32 bits), le taux de compression (sans perte pour le jpeg et zippées pour les données brutes) et les informations sur les profils de couleur.
- des informations complémentaires sur les dimensions réelles du capteur (la plupart des manufacturiers se servent des pixels périphériques pour stocker des informations complémentaires, comme par exemple la détermination du noir de référence).
- last but not least, le raw d'origine peut être conservé en étant encapsulé à l'intérieur même du fichier DNG, ce qui est très sécurisant mais se paie cher du point de vue du poids du fichier. C'est une assurance tous risques au prix fort...

Voici un lien direct vers le document Adobe décrivant les fonctionnalités complètes de la version 1.2.0.0 du DNG (en anglais).


4. Quels sont les avantages et les inconvénients du format DNG ?

Le format DNG a comme principale qualité d'être ouvert et documenté. Ses spécifications sont ainsi mises à la disposition de tous, constructeurs ou éditeurs de logiciels. Le DNG n'est toutefois pas le seul format ouvert existant, candidat à devenir la norme. L'OpenRaw est un autre candidat crédible, mais il n'a probablement pas la solidité dans la durée que peut assurer un format soutenu par l'éditeur majeur qu'est Adobe.

Les avantages d'une sauvegarde de ses raws en DNG sont nombreux. En voici les principaux  :
1) La plupart des logiciels de développement acceptent le format DNG. Par ailleurs, Adobe fait partie des plus réactifs pour prendre en compte les nouveaux boîtiers. Il suffit alors de transformer ses raws en DNG via le petit logiciel externe DNG Converter pour que tous les logiciels de développement puissent les lire, même s'ils n'ont pas encore développé le module dédié au boîtier qui a produit les raws. Le raisonnement est identique pour les utilisateurs d'anciennes versions de Photoshop ou de Lightroom : le passage en DNG permet de continuer à utiliser les logiciels Adobe non mis à jour.
2) Les Minoltistes ne pourront un jour peut-être plus installer Dimage Master, le logiciel de développement de Minolta, qui n'est plus mis  jour ni porté sur les nouveaux OS PC ou Mac. La sauvegarde en DNG deviendra alors la seule sauvegarde pérenne puisqu'à ce moment-là les données propriétaires ne seront plus lisibles.
3) Le format DNG peut contenir non seulement les données brutes mais également toutes les métadonnées, les paramètres de développement et un aperçu jpeg grand format. C'est donc un tout-en-un qui favorise fortement la mobilité et le partage de données, pour peu que l'on utilise à chaque fois un logiciel Adobe.

Les inconvénients sont hélas également nombreux :
1) Si le DNG est le plus crédible candidat à l'universalité, il ne l'est toutefois pas encore et en cela il est finalement aussi "propriétaire" que les autres puisque appartenant à Adobe. Il ne s'agit donc pas d'un standard comme peut l'être la norme TIFF.
2) Le passage en DNG fait perdre les données propriétaires cryptées dans le raw d'origine. Il est difficile d'évaluer l'importance de ces données, mais elles ne sont probablement pas négligeables. C'est clairement le point le plus problématique d'un passage en DNG, même si comme évoqué plus haut, il est possible de conserver le raw d'origine à l'intérieur du DNG.
3) En choisissant de ne pas utiliser les logiciels de développement de sa marque (DPP, Capture NX, IDC, etc.), on se prive de traitements spécifiques comme des corrections automatiques de géométrie, d'aberrations chromatiques, de vignetage, etc. qui sont de plus en plus intégrées dans les softs propriétaires.



5. Faut il utiliser le format DNG ?

Les termes du choix étant posés, c'est à chacun de déterminer si les avantages pèsent plus lourd que les inconvénients pour sa pratique et la situation particulière de son matériel. Le seul conseil que je peux donner à coup sûr, c'est de conserver les fichiers raws d'origine, par principe de précaution, que ce soit à part ou encapsulés dans le DNG. Il n'est pas possible de donner un avis décisif, clair et circonstancié sur l'utilisation ou non du DNG car sa généralisation au niveau des usages particuliers ne peut être que la conséquence d'une prise en compte effective de ce format au niveau des manufacturiers, et non l'inverse.
En l'état actuel des choses, avec le spectre de la perte des données propriétaires, il n'est pas raisonnable de conseiller une substitution des raws d'origine par le DNG, sauf cas d'urgence ou de non emploi définitif du logiciel de développement de sa marque (ce qui serait de mon point de vue une erreur car ces softs, imparfaits à un moment donné, peuvent s'améliorer considérablement avec le temps). Le DNG peut donc venir en complément du raw d'origine pour les avantages qu'il apporte, la solution la plus sécurisée et confortable, mais la plus coûteuse en espace de stockage, étant de sauvegarder le raw à l'intérieur du DNG.
Que l'on ne se méprenne pas : le DNG est une idée remarquable et une volonté louable de simplification et de sécurisation des données brutes, et ce format est de toute évidence le candidat le plus crédible à l'universalité et à la standardisation. Il est hélas affaibli par la volonté des manufacturiers de conserver leurs formats propriétaires et leurs données cachées.

A titre personnel, j'ai choisi de ne pas (encore) utiliser ce format car aucun des avantages énumérés dans le chapitre précédent ne sont décisifs dans ma situation personnelle. Je considère par ailleurs qu'il me sera toujours possible, en cas de danger pour mes raws d'origine, de les convertir en batch le moment venu dans le format qui sera le plus universel (et si possible reconnu et standardisé). Ce faisant je me prive d'avantages précieux comme le tout-en-un, ce qui m'a fait longuement hésiter. Je me pose régulièrement la question d'une migration en DNG (avec sauvegarde du raw d'origine), et je n'exclus pas d'y répondre un jour favorablement.

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