Jan
21
2013
Ecrit par
Patrick Moll

Le troisième volet du grand dossier sur la gestion des couleurs, publié dans le numéro 31 de
Compétence Photo, était consacré au monde de l'impression. Pour l'écrire, j'ai testé plusieurs imprimantes sur une grande variété de papiers photo (lesquels feront peut-être l'objet d'un article complémentaire dans un prochain numéro). D'ici quelques jours, je publierai une review complète de l'imprimante A3+ que j'ai choisie pour mon usage personnel. En attendant, je vous propose le premier opus d'une série de reviews des papiers photo que j'ai appréciés parmi la bonne soixantaine que j'ai testés.
J'aurais pu commencer par l'un de ceux qui font l'unanimité comme les barytés de Hahnemühle, Canson ou Ilford. Leur tour viendra, mais j'ai finalement choisi celui dont les résultats m'ont d'autant plus stupéfait que je ne m'y attendais pas : le Slickrock Metallic Pearl de
Moab. La chose était d'autant plus improbable que j'apprécie modérément les papiers très brillants, et moins encore lorsqu'ils ont été traités par azurants optiques (ce qui assure une meilleure blancheur, mais réduit leur longévité)...
Et pourtant, le Slickrock Metallic Pearl a quelque chose d'unique et même d'un peu magique en offrant aux images un effet 3D et un éclat métallique aussi saisissants que difficiles à décrire avec des mots. Impossible de s'appuyer pour cela sur des références connues tant le rendu du Slickrock est particulier et ne ressemble à aucun autre.
N'allez toutefois pas imaginer que ce papier "métallise" les images comme peuvent le faire certains filtres créatifs Photoshop. Rien de tel ici : Slickrock respecte parfaitement les couleurs et les nuances de gris, avec un gamut et une Dmax plus que respectables (voir graphiques plus loin). Le traitement de surface RC (resin coated) est très lisse et sa brillance est plus proche de celle d'un papier satiné que des Ultra-glossy qui réfléchissent (trop) fortement la lumière incidente. L'éclat métallique (certains diront nacré) donne un relief d'autant plus perceptible que l'image est localement bien contrastée. Les structures sont ainsi plus mises en valeur que les couleurs, ce qui dirige naturellement ce papier vers un usage pour le N&B. De fait, le rendu de certains paysages est exceptionnel, mais c'est paradoxalement le tirage d'une photo en couleur qui m'a le plus fait d'effet sur ce papier.

Les couleurs de cette journée pluvieuse ne sont pas très percutantes, mais les reflets de l'eau sur le sol, les extérieurs du Guggenheim et la sculpture "Maman" n'en ressortent que mieux. Imprimée sur le Slickrock Metallic Pearl, cette scène gagne en profondeur et en intensité avec un effet 3D stupéfiant, l'éclat métallique du papier s'avérant particulièrement bien adapté.
Les spécificités de ce papier ne sont naturellement pas aussi bénéfiques pour toutes les photos. Loin d'être universel, il doit être utilisé à dessein et suggère, pourquoi pas, que certaines scènes soient photographiées dans l'optique d'un tirage sur du Slickrock.
Comme indiqué plus haut, le Slickrock Metallic Pearl est un papier RC traité aux azurants optiques pour une blancheur atteignant 80% ISO. Il est sans acide et résiste à l'eau. Il a un bon grammage de 260g/m² avec une forte densité et donc une main assez faible. Il convient aux encres à colorants ou à pigments.
Le Slickrock Metallic Pearl ne rassemble pas toutes les qualités des papiers Fine Art, mais cela n'a guère d'importance : il apporte ce qu'aucun autre papier ne peut offrir. Il n'est toutefois pas le premier papier de ce type, mais les autres sont plus que confidentiels quand ils existent encore (c'est le cas du papier Kodak Professional Endura Metallic VC).
Avant de présenter quelques résultats de tests (gamut et Dmax), un mot sur le fabricant. Moab est devenu une division du grand papetier américain Legion Paper. Il ne serait pas étonnant que vous n'en ayez jamais entendu parler, car les produits Moab sont assez mal distribués en France. Vous trouverez toutefois certains modèles dans des boutiques en ligne comme Digixo, Digit-photo ou Amazon. Le Slickrock Metallic Pearl n'est pas le plus facile à dénicher, notamment en conditionnement de 25 feuilles. En 50 feuilles on le trouve plus fréquemment (en A4 et en A3+). Comptez environ 1,20€ la feuille A4 et 3€ la feuille A3+.
À noter que des profils ICC sont disponibles sur le site de Moab pour de nombreuses imprimantes (expertes et professionnelles).
Tests de gamut et Dmax
La courbe de restitution des densités est très convenable, même si certains papiers brillants ne commencent à céder du terrain qu'au-delà de 2. Néanmoins, avec une Dmax de 2.22, le Slickrock Metallic Pearl assure un très bon rendu des noirs profonds.
Le gamut est large, comme on peut le voir sur le diagramme ci-dessous en comparaison avec le vaste espace Adobe RGB (en pointillés). Ce gamut est comparable à celui des meilleurs papiers brillants, et supérieur à celui de certains barytés. L'imprimante utilisée ici est la Canon PRO-1.
Cette vision en coupe pour une luminosité L=50 est toutefois un peu trompeuse, car les papiers ont toujours plus de mal à restituer les couleurs saturées pour les fortes et les faibles luminances. De fait, on voit sur le graphique 3D Lab ci-dessous que le volume global de l'Adobe RGB (grille) reste supérieur.
Le résultat face au sRGB (qui correspond au gamut moyen des bons écrans d'ordinateur) est très satisfaisant, avec un volume global équivalent (mais un comportement différent selon les valeurs de luminance). C'est très supérieur au gamut des papiers mats ou satinés.
En bref et pour conclure, le Slickrock Metallic Pearl de Moab est un papier exceptionnel à de nombreux points de vue. S'il ne convient clairement pas tous les sujets, il magnifie ceux qui présentent des caractéristiques adaptées, notamment en noir et blanc. Si l'occasion vous en est donnée, je vous conseille vivement de le tester.
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