Déc 30 2011

Idée fausse # 7 : le smartphone est-il l'avenir de la photo ?

idees_fausses.jpgEn 2010 et surtout 2011, la photographie numérique a été fortement chamboulée par l'intrusion de deux nouveaux types d'appareils sur un marché structuré depuis des décennies autour des compacts et des reflex. Là où les bridges, apparus rapidement lors de l'avènement du numérique, n'ont pu se faire qu'une petite place au soleil, l'arrivée massive des smartphones et des compacts hybrides a de bonnes chances de modifier fortement la donne dans les années à venir.
Depuis quelques mois, la photo au smartphone fait le buzz sur le net et parfois même dans les magazines spécialisés, un journaliste s'étant récemment hasardé dans un éditorial à prédire qu'à terme, il ne restera plus que les smartphones et les reflex. Il ne se passe pas une semaine sans qu'on soit assailli de chiffres sur le nombre d'images prises avec un iPhone et publiées sur certaines galeries en ligne. Le phénomène est indéniable, au point qu'une dénomination lui a été donnée : la phonéographie.
Comme le titre de cet article le suggère, la photographie au smartphone est de mon point de vue un phénomène marginal, non en termes de quantité d'utilisateurs ou d'images, mais d'impact sur le marché traditionnel de la photo, comme a pu l'être le Polaroid. À la différence importante que la diffusion des smartphones est considérable quand celle du Polarod était bien plus confidentielle.
Pour tenter une prospective sur le devenir du marché de la photo et sur la place que pourrait prendre les smartphones, il me semble important d'interroger les usages et les motivations des photographes. Comme il est bien délicat de catégoriser les usages tant ils sont nombreux et peuvent se cumuler, je vais prendre le problème à l'envers et les examiner au travers du potentiel des différents types de matériel actuellement disponibles. Si je donne dans cet article ma vision des choses, lisez-le d'abord comme une invitation au débat.

Commençons par les compacts classiques, qui sont à ce jour les plus diffusés. Leur point fort tient en deux mots : prix et compacité. La petite taille du capteur n'offre qu'un faible levier de créativité, un sujet ne pouvant être isolé de son environnement à cause d'une trop grande profondeur de champ à toutes les focales et toutes les ouvertures. L'ergonomie est basique, et la qualité d'image est correcte et largement suffisante pour tirer du 10x15 cm ou diffuser des images par mail ou sur Facebook, modalités classiques de partage pour la photo dite "familiale". Encore faut-il savoir comment s'y prendre pour transférer les images sur un ordi, les publier sur une galerie en ligne et, éventuellement, les redimensionner pour ne pas envoyer des fichiers énormes par mail. La nouvelle génération d'utilisateurs, qui a grandi dans un environnement informatique abouti, sait très bien faire ça, mais c'est moins le cas pour les autres. Le compact classique est donc destiné au tout-venant photographique, avec une certaine efficacité et un encombrement minimal.

Les compacts "experts" sont plus chers, mais disposent d'une ergonomie plus à même de satisfaire des ambitions créatives (modes PSAM notamment, et présence d'un enregistrement au format Raw). Les capteurs sont un peu plus grands, offrant une meilleure qualité d'image et permettant d'accéder à un embryon de gestion de la profondeur de champ. Rien qui puisse toutefois remplacer un reflex, mais ce sont des appareils que l'on peut avoir toujours sur soi (ce qui est une qualité importante). Les usages sont les mêmes que ceux des compacts classiques, un peu de contrôle et de créativité en plus. Les deux modèles emblématiques actuellement sont le Canon S100, modèle de finesse, et le tout nouveau Fuji X1, un peu plus lourd. Mais il en existe d'autres...

Les bridges sont de simples compacts dotés d'un viseur électronique et - le plus souvent - d'un zoom à très large plage focale. Comme pour les compacts, ils s'étagent de l'entrée de gamme aux modèles experts dont le Fuji X-S1 est le meilleur représentant actuellement. Avec leur encombrement de reflex et leur capteur de compact, il serait légitime de considérer qu'ils cumulent les handicaps de ces deux univers, mais la réalité est moins sombre : ils offrent une bonne maniabilité et un zoom à la fois puissant et stabilisé. Difficile de prédire l'avenir de ce segment, mais il devrait toujours y avoir des photographes intéressés par ses atouts.

Les reflex se distinguent des appareils décrits ci-dessus par un encombrement certain, un prix qui peut être élevé, mais aussi un grand capteur qui offre à la fois une qualité d'image et un potentiel créatif inaccessibles aux autres appareils. Leur système d'objectifs interchangeables leur donne accès à toutes les pratiques photo, y compris celles requérant un matériel très spécifique : macro 1:1, longs téléobjectifs à grande ouverture, optiques à bascule et décentrement ou à défocalisation, etc.  La grande taille du capteur - et donc des photosites - prolonge l'utilisabilité du reflex grâce aux très hautes sensibilités atteintes. En résumé, le reflex est l'outil ultime du photographe ayant un peu d'ambition, et il le restera même si une nouvelle catégorie d'appareil vient les taquiner sur leurs domaines de prédilection.

Ladite nouvelle catégorie est celle des hybrides à objectifs interchangeables, dont les ventes ont décollé avec le NEX-5 en 2010. L'année 2011 a plus que confirmé leur arrivée en force sur le marché, avec des ventes en volume qui, selon les pays, s'établissent entre 20% et 40% de la supercatégorie des appareils à objectifs interchangeables (reflex et hybrides). Les inondations en Thaïlande, qui ont plombé la disponibilité de certains appareils Nikon et Sony au dernier trimestre, ne permettent pas de savoir avec certitude si les hybrides ont pris des parts de marché au reflex ou s'y sont ajoutés. À cet égard, l'année 2012 sera certainement riche d'enseignements avec des modèles toujours plus performants.
Ce qui plaît dans ces appareils, c'est leur haute qualité d'image associée à un gabarit réduit (à l'exception de quelques rares modèles plus typés bridge). Ils peuvent toutefois difficilement être mis dans une poche comme un compact expert, sauf à adopter un objectif de type pancake (focale fixe ou zoom peu lumineux). En revanche, ils sont en mesure de produire des images de même qualité qu'un reflex dans une bonne partie des situations de prise de vue. Seules certaines pratiques exigeantes évoquées plus haut leur sont pour l'heure inaccessibles : photo animalière ou sportive, architecture en T/S, etc. En reportage, portrait ou paysage, ce sont des appareils aussi discrets qu'efficaces.
Les photographes gênés par l'absence fréquente de viseur ont une particularité : leur prégnance dans les médias est inversement proportionnelle à la population qu'ils représentent réellement. Il ne faut pas espérer d'un professionnel, utilisateur et prescripteur historique de reflex haut de gamme, qu'il saute de joie à l'idée de la disparition du viseur, même si la grande majorité des photographes d'aujourd'hui s'en fout avec la dernière énergie (habitués qu'ils sont à viser sur l'écran arrière). On observe actuellement un décalage important entre les aspirations des photographes et la résistance de certains médias spécialisés qui, comme lors de chaque rupture technologique, prendront le train en marche lorsqu'ils ne pourront plus faire autrement.

Nous arrivons aux smartphones, sujet central de l'article. Ainsi donc, ils pourraient être l'avenir de la photographie, en compagnie des inamovibles reflex qui seront probablement toujours incontournables pour des usages avancés, amateurs ou professionnels. Exit les compacts, les hybrides et les bridges, remplacés par ces petites merveilles technologiques...
On peut s'interroger sur l'origine du buzz médiatique qui est la source probable de cette prédiction passablement osée. Il s'avère que l'iPhone 4 est l'appareil à l'origine du plus grand nombre de photos publiées sur la galerie Flickr. Et voilà, c'est tout. Le smartphone serait donc le futur de la photo parce que, grâce à une app simple et bien faite, les images sont publiées en un clic (d'où leur nombre). Qu'il s'agisse éventuellement d'une déferlante de photos sans le plus petit début d'intérêt semble importer bien peu. Les mêmes prédicateurs oseraient-ils affirmer dans la même veine que Facebook est le futur de la communication ou que le skyblog est le futur de l'information ?
Si l'analyse s'arrêtait là, on pourrait tranquillement la balayer d'un revers de la main. Mais les smartphones ont des avantages indéniables, dont le premier est d'être en permanence à disposition. Comme pourrait l'être un compact... à condition qu'il soit toujours dans sa poche, comme c'est le cas de son téléphone mobile. La capacité de partager très simplement ses images est également un atout important, dont feraient bien de s'inspirer les manufacturiers. On retrouve avec le smartphone la simplicité et l'instantanéité du Polaroid.
Reste à savoir de quoi on parle quand on évoque la photographie au smartphone. De quoi est capable aujourd'hui un tel appareil, et que peut-on imaginer pour le futur ? Une chose est certaine : son capteur restera minuscule, avec les conséquences qui en découlent. Ainsi, la qualité des images restera limitée et la profondeur de champ infinie. Pour ceux qui l'ignoreraient, l'objectif à focale fixe de l'iPhone 4S est un 3.85 mm f/2.8, ce qui correspond à un 29.4 mm f/21.4 en équivalent 24x36. Eh oui, f/21 d'ouverture équivalente maximale ! On reste donc loin d'un compact d'entrée de gamme en qualité d'image comme en potentiel créatif.
Le smartphone sera donc avant tout l'appareil photo des utilisateurs qui n'auraient sans doute pas acheté autre chose ou qui n'ont pas besoin de plus que ce que leur offre leur téléphone, tout simplement parce que la photo ne les intéresse pas en tant que loisir créatif. Pour coller sur Facebook une photo de mégateuf avec les copains, ou pour imprimer un 10x15 en jet d'encre sur du papier 80g, le smartphone fait très bien l'affaire. Ne lisez là rien de désobligeant pour ce type de partage convivial en toute simplicité, c'est juste autre chose que la photographie qui nous intéresse. Et c'est bien parce que c'est autre chose que, de mon point de vue, le smartphone ne constitue pas une menace pour les appareils photo "traditionnels", quels qu'ils soient. L'organe smartphone a créé la fonction "fast-photographie" et n'empiétera pas sur l'existant. Ou alors à la marge.
Reste bien sûr - et je ne vais pas me faire que des amis en écrivant cela - que ce nouvel instrument à produire des images a attiré une frange avant-gardiste autoproclamée, comme le Polaroid à son époque. "Mais c'est géniaaaaaaaal de faire des photos avec un iPhone, ma chèèèèère". "Mais comment arrivez-vous à faire d'aussi supeeeerbes clichés avec un simple téléphoooone ???". Bien entendu, je caricature. Il existe des photographes réellement attirés par l'expérimentation artistique, mais ils ne sont pas majoritaires. L'adoption d'outils médiocres quand il en existe de meilleurs est bien souvent le cache-misère d'une absence de talent.
Si j'ai passé des centaines d'heures dans des musées un peu partout dans le monde, je me suis toujours arrêté à l'extrême limite du supportable dans l'art conceptuel, limite que chacun fixe selon sa perception du moment où il considère qu'on se fout clairement de sa gueule. La photo au smartphone élevée au rang d'art est pour moi au-delà de cette limite, et si j'ai effectivement un iPhone 4S dans ma poche, il ne servira jamais à autre chose que photographier le numéro de la place de parking où j'ai garé ma voiture, pour reprendre un exemple donné par un ami il y a peu.
Pour résumer, je dirais volontiers que le smartphone est au mieux un bloc-notes ou un outil de dépannage pour les photographes, et un appareil photo pour les non-photographes. Quant au buzz actuel, étrangement propagé par des médias spécialisés dont on espère pourtant autre chose, vous aurez sans doute compris ce que j'en pense. Mais je suis prêt à changer d'avis si on me convainc avec un argumentaire cohérent et étayé que je fais fausse route. À vos claviers... ;-)

Commentaires   

# déjà le présentzenon 30-12-2011 09:10
Le smartphone est déjà le présent de la photo. En ces fêtes de fin d'année, promenade dans Paris et ses musées et 80% des photos doivent être fait par des téléphones et je dirais 10% pour les compact et 10% pour les reflex. A la réflexion, je me demande si les reflex ne sont pas plus présents que les compact ! Donc, qu'un photographe argument sur la qualité ci, la facilité là OK mais la réalité est que les compact sont en train de mourir et rapidement. On peut le déplorer mais cela semble inéluctable.
# Patrick Moll 31-12-2011 05:42
Pour les raisons que j'ai données, je ne crois pas que ce soit le cas. Les personnes que vous avez vues shooter au smartphone n'auraient simplement pas pris de photos si elles n'avaient pas eu de téléphone sur elles. Le smartphone n'a pas remplacé un usage, mais en a créé un. Il a mis un appareil photo entre des mains qui sinon n'en auraient pas et ne prendraient pas de photos.
Quand je prends l'avion pour Paris avec Air France, tout les passagers prennent une boisson, parce que c'est gratuit. Quand j'y vais avec easyjet, quasiment personne n'en prend, parce qu'il faut payer. C'est le principe pour la photographie : les gens shootent au smartphone parce qu'il est là, gratuitement, mais ils n'auraient pas même un compact d'entrée de gamme s'ils n'avaient pas de smartphone.
Ce raisonnement est donné sans nuance, mais il est bien évidement que les compacts d'entrée de gamme risquent quand même de souffrir. C'est pour cette raison que j'ai parlé d'un impact à la marge, car les shooteurs au smartphone sont pour l'essentiel des non-photographes.
# Malheureusement Oui !Henry 67 31-12-2011 16:21
Oui, Patrick, c'est bien là le point !
Excellent rapprochement cette comparaison du gratuit et du Smartphone...
Bien d'accord, il ne s'agit pas de nier l'intérêt d'avoir un "smartphone-photographique" en permanence sur soi (Black Berry Torch, pour moi qui suis un peu réfractaire à la "Pomme-Mania", mais ne nie pas l'intérêt de "la Pomme" ...), car retrouver son parking est parfois difficile !
Blague à part, il vaut mieux une "Smart-Photo" que "Pas de Photo", mais mon Black Berry ne m'empêche pas de trimballer un compact (Pentax W80, étanche...heureusement) et ... de regretter de n'avoir pas eu le courage de prendre mon Alpha 55 !
En suis-je pour autant un "bon photographe" ?
# Patrick Moll 31-12-2011 17:40
Oui, voilà, mieux vaut un smartphone que pas de photo. C'est très proche de ma perception du positionnement de la "phonéographie" : quelque part entre la photographie et rien...
# L\'avenirpierremes 30-12-2011 09:19
Bonjour,

Je partage entièrement votre analyse approfondie de la situation actuelle du matériel photographique.
Cependant, vous ne semblez pas prendre en compte que des progrès seront réalisés tant dans les optiques que dans les appareils et capteurs, donnant alors dans quelques années les mêmes qualités aux compacts futurs, et peut-être même aux smartphones, qu'à un reflex d'aujourd'hui. Si on vous avait dit, il y a dix ans, qu'un appareil photo monterait jusqu'à plus de 200.000 ISO, l'auriez-vous cru ? De même pour les transistors, vous connaissez mieux que moi l'évolution incroyable de leur miniaturisation en un demi-siècle.
"Impossible n'est pas français"
# Patrick Moll 31-12-2011 05:51
Les progrès seront limités par l'ultra-miniaturisation. En optique, les miracles n'existent pas. Pour faire un bel objectif, il faut du verre, et du bon. Ce n'est pas pour des raisons de standing que les belles optiques coûtent cher, mais parce que les verres de haute qualité sont chers. Je ne crois pas que les constructeurs de téléphones prendront le risque de plomber le prix de leurs appareils dans un univers ultra-concurrentiel pour mettre des verres de très haute qualité.
Quant aux capteurs, ils vont encore s'améliorer, à n'en pas douter, mais leur très petite taille sera là aussi une limite forte, et définitive en ce qui concerne la gestion de la profondeur de champ. Qui plus est, les "vrais" appareils photo auront de plus toujours plusieurs longueurs d'avance.
# Gilles 30-12-2011 11:47
Je plussoie à votre analyse, cher maître. Ça n'est pas la première fois que les médias ou les industriels tentent de nous imposer un standard ou une norme et, fort heureusement, le public sait réagir et faire le tri.
Quant aux apôtres de la phonéographie, ils me font sourire, à commencer par Annie Leibowitz qui suggère à tous ceux qui veulent bien l'écouter de s'équiper et de photographier avec un smartphone. Elle a du dire ça entre deux shoots (non, pas des shoots au sens photographique du terme) ou deux pastis bien tassés, comme d'habitude. À moins que ses déboires financiers ne lui donnent pas d'autre choix d'utiliser un iPhone, après saisie de son studio et de ses boîtiers MF...
Autre chose qui ne tient pas la route : la phonéographie semble s'accompagner d'un usage immodéré de préréglages et d'effets pseudo-artistiques "clés en main", je ne vois donc pas où se trouve la démarche artistique, il faudrait arrêter de nous prendre pour des idiots !
Bien sûr, c'est un autre moyen de faire des photos, qui peut s'avérer drôle, ludique et qui est particulièrement pratique et facile, mais, de grâce, que l'on cesse de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
# Patrick Moll 31-12-2011 06:02
Je plussoie aussi, cher maître... :-)
Je vais sans doute passer pour un gros réac aux yeux des salonnards (que j'exècre), mais grâce à toi, je me sens moins seul... :wink:
# Antoine 30-12-2011 12:25
Ça fait un moment que je pense ça et je me suis toujours dit qu'il fallait que j'en fasse un article. Je risque pas de te faire changer d'avis, je suis tout à fait d'accord avec toi!

Le coté "toujours dans la poche" est un plus indéniable du photophone mais le fait que la qualité optique/électronique du bazar ne rivalise même pas avec le compact d'entrée de gamme suffit à mon convaincre de l'avenir de ce dernier. Alors oui, il y a beaucoup de photos d'Iphone4 sur Flickr (une majorité même) mais comme l'article le dit, ne confondons pas quantité et qualité.

Pour défendre le smartphone, il permet une première approche de la photo. Pratiquer tout les jours la photo donnera peut être un gout pour la vrai photo à des gens qui n'auraient jamais fait la démarche d’acheter un appareil ("vrai photo" dans le sens réfléchi, avec du sens et pas seulement la photo de mon pti dej ou de mon chat avec un effet lomo!).

Donc pour conclure, le smartphone ne sera surement pas l'avenir de la photo mais je pense qu'il peut déclencher certaines vocations.
# Patrick Moll 31-12-2011 06:06
Oui, c'est ce que je me dis aussi, Antoine : le smartphone peut déclencher des vocations, ou du moins un passage au niveau supérieur lorsque les limites de ces appareils auront été rudement heurtées. Espérons-le... :wink:
# Julien 30-12-2011 14:52
Le terrain...
Sur le terrain je vois que le photophone a beaucoup remplacé le compact d'entrée de gamme à moins de 100 €. On me dit même souvent que le dernier Samsung/Sony/iPhone fait de meilleures photos que l'ancien compact... qui datait de 2003 et était le premier prix de l'époque.

Je pense simplement que pour le très grand nombre de personnes qui se contentaient d'un jetable argentique pour les photos de vacances, le photophone a déjà tué tout autre appareil numérique, pour les raisons exposées dans l'article : disponibilité, facilité de partage, sans oublier la "fausse gratuité" de l'outil.

Quand à dire que c'est l'avenir de la photographie, je ne peux que rejoindre l'analyse de l'article. C'est simplement l'avenir du jetable argentique, à mon sens. Même s'il est souhaitable (et sûrement vrai) que le photophone puisse donner envie de mieux à quelques utilisateurs. Mais ceux-ci n'achèteront certainement pas un compact d'entrée de gamme pour progresser dans leur pratique :wink:
# Patrick Moll 31-12-2011 06:08
Oui, le dernier Samsung/Sony/iPhone fait de meilleures photos que l'ancien compact... qui datait de 2003 et était le premier prix de l'époque. Mais il fait beaucoup moins bien que les derniers modèles, même d'entrée de gamme, et ce sera toujours vrai...
# Thelone 30-12-2011 15:02
Ce dossier me "rappelle" celui que JeuxVideo.com a fait il y a quelques jours sur le duel smartphones/consoles portables.

Bref, j'en suis arrivé aux mêmes conclusions : le smartphone est utile comme pense-bête visuel/passe-temps occasionnel, mais si on recherche quelque chose de plus abouti, un appareil dédié reste roi à l'heure actuelle.

Dans les deux cas, il y a aussi des défauts rédhibitoires qui font/feront fuir les photographes/gamers : le capteur minuscule d'un côté, l'absence de touches de l'autre.

Cela dit, il est probable que les smartphones grapillent quelques parts de marché sur les compacts/consoles portables, mais de là à imaginer une disparition à moyen/long terme de ces derniers.
# Julien 30-12-2011 15:11
D'ailleurs mon photophone ne photographie que très rarement, par contre il voit souvent passer Angry Birds, je ne demande pas plus comme console portable, et je n'en achèterai pas une pour avoir "mieux" :lol:
# Patrick Moll 31-12-2011 06:10
Je crois en effet que le parallèle est pertinent. Et je suis dans le même cas que Julien : je n'achèterai jamais de console vu que je ne suis pas joueur, mais j'ai du mal à décrocher d'Angry Birds sur mon iPhone (et d'ailleurs, je n'essaie même pas)... :wink:
# Ch\veux 30-12-2011 20:25
Au jour d'aujourd'hui je partage entièrement l'analyse de Patrick : un photophone c'est pratique mais ça ne fait pas de photo créatives.
Par contre demain il y aura bien un fabricant pour intégrer un zoom périscopique x5. Dans ce cas là on n'aura toujours pas le potentiel créatif, mais je pense que le compact "standard" sera alors presque mort.
Mais il est aussi certain que demain il y aura toujours un marché pour des appareils (reflex, hybrides, compacts étanches ou à fort zoom) qui effectivement en volume de photos seront une niche.
# Patrick Moll 31-12-2011 06:13
Pas sûr du tout qu'on puisse intégrer un zoom correct dans un espace de quelques millimètres de diamètre et de profondeur. Sauf à créer un véritable hybride téléphone/photo avec un encombrement augmenté. Je ne sais pas s'il y aurait beaucoup d'acheteurs, mais pourquoi pas...
# Focale de smartphoneFabien 31-12-2011 01:19
Bonjour, merci pour cet article très intéressant, une fois de plus.

Par contre la comparaison avec un compact me semble tout à fait possible en prenant vos chiffres pour l'Iphone 4S :
"Pour ceux qui l'ignoreraient, l'objectif à focale fixe de l'iPhone 4S est un 3.85 mm f/2.8, ce qui correspond à un 29.4 mm f/21.4 en équivalent 24x36. Eh oui, f/21 d'ouverture équivalente maximale ! On reste donc loin d'un compact d'entrée de gamme en qualité d'image comme en potentiel créatif."
Par exemple mon compact LX5 a sa focale qui démarre à 5.1mm, soit pas très loin de celui de l'Iphone.
Du coup j'ai eu un doute, et j'ai vérifié sur mon smartphone Sony, qui a effectivement une focale proche, même un peu plus grande : 4.1mm (c'est ce qu'il y a dans les métadonnées de la photo en tout cas !).

J'en déduis que les capteurs de smartphone sont quasiment aussi gros que ceux de compacts ?
La vraie différence se faisant alors au niveau de l'objectif, tout petit chez les compacts et ... minuscule sur les smartphones !?
# Patrick Moll 31-12-2011 06:25
Le problème de l'optique de l'iPhone 4S n'est pas tant sa focale réelle que son crop factor (qui est le rapport entre la focale équivalente 24x36 et la focale réelle, et donne une mesure simple de la taille du capteur).
Il est de presque 8 (3.85 mm réels, 29.4 mm équivalent) alors qu'il n'est que de 4,7 pour le LX5 (5.1 mm réel, 24 mm équivalent). Le capteur du LX5 est donc près de 2 fois plus grand que celui de l'iPhone.
Qui plus est, le LX5 ouvre à f/2 contre f/2.8 pour l'iPhone 4S. A l'arrivée, la différence est énorme, notamment pour la profondeur de champ maximale équivalente qui est d'environ f/21 pour l'iPhone 4S et f/9 pour le LX5.
Et sinon en effet, l'autre source de différence est l'optique, miniaturisée à l'extrême sur l'iPhone 4S, au point qu'on peut douter de voir apparaître un jour un zoom optique correct.
# Franck Mée 31-12-2011 11:48
Bonjour,

L'analyse smartphone ~ Polaroid est intéressante, et je ne peux que vous rejoindre sur l'arrivée des Insta-bobos qui nous illuminent de leurs superbes iClichés sans s'apercevoir qu'ils sont tous identiques.

Cependant, il me semble que votre article souffre d'un biais fondamental : vous redéfinissez "photographie", lui donnant le sens de "photographie artistique". Je ne suis pas d'accord avec cette approche : la photographie n'est pas moins noble parce qu'elle se sépare d'une démarche artistique. La photographie-souvenir est le lot de 90% de la population photographe, et pour celle-ci un smartphone est largement suffisant — et même souvent largement supérieur à un compact, parce que le but d'un souvenir est d'être partagé, et que les rares compacts connectés restent des plaies à mettre en œuvre.

Un autre pan de photographie "noble" n'a, en caricaturant un peu, que faire des réglages : la photo de reportage. Une bonne photo de reportage a pour qualités connues d'être lisible et explicite, et pour qualité principale et souvent oubliée d'exister et d'arriver au public, tout simplement. Or, il y a des situations où personne ne prête attention au quidam qui joue avec un smartphone, alors que celui qui sort un reflex est immédiatement éjecté. On a ainsi vu au printemps dernier nombre de "très bonnes" photos de reportage prises au smartphone, qui étaient très bonnes au sens où elles n'auraient pas pu être prises au reflex sans que le photographe soit lynché, et au sens où elles n'auraient pas non plus pu sortir du pays sans une connexion Data (plus difficile à censurer que l'accès internet filaire), tout en conservant une qualité technique suffisante pour passer au JT ou faire une "une" de journal. En fait, dans nombre de situations de reportage, un reflex n'apporte pas d'avantage technique déterminant.
Le problème de la profondeur de champ, traité à travers cette notion d'"ouverture équivalente", est d'ailleurs depuis fort longtemps ignoré des reporters en situation "chaude" : l'adage "f/11, hyperfocale et cadrage au pifomètre à bout de bras" a de tout temps permis de rapporter vivant des images de conflits où prendre le temps de cadrer aurait signifié devenir la cible de choix.

Au passage, je ne suis pas du tout d'accord avec l'avantage prêté aux compacts vis-à-vis des smartphones sur ce point. D'abord, le calcul lui-même est biaisé : l'impression de profondeur de champ est évidemment liée au rapport de reproduction, lui-même lié à la taille de capteur ; mais elle est également profondément liée à la taille du cercle de confusion. Votre calcul serait juste si un D3 et un iPhone 4 avaient le même cercle de confusion ; c'est évidemment radicalement faux. Les photosites d'un iPhone 4 étant, à la louche, 40 fois plus petits que ceux d'un D3, le capteur est capable de résoudre des détails beaucoup plus fins ; le flou de mise au point apparaît donc sur l'iPhone bien avant d'être visible sur un D3. L'écart n'est donc pas proportionnel au rapport de reproduction, loin s'en faut.
Et par rapport aux compacts, les tailles de capteur sont assez souvent comparables (entre 1/2,3" et 1/3", il y a un écart de taille de 70 %, alors que la surface passe du simple au quintuple entre 1/1,7" et 4/3"), il ne faut pas perdre de vue qu'un compact n'est pas toujours utilisé au grand-angle : dès que l'on zoome un peu, l'ouverture s'effondre, très brutalement chez les compacts grand public (qui n'ouvrent souvent plus qu'à f/5,6 passés 80 mm), un peu moins chez les compacts experts (qui arrivent à rester vers f/4, voire f/2,8 pour quelques-uns). L'utilisateur de smartphone va s'approcher du sujet, là où l'utilisateur de compact va zoomer ; et l'"ouverture équivalente" du compact va alors s'effondrer, donnant une image où la profondeur de champ sera aussi, sinon plus, importante que sur le smartphone.

Au-delà, on a l'impression, à vous lire, qu'une démarche artistique passe principalement par le choix d'une profondeur de champ ou de réglages sur l'appareil. Dans ce cas, effectivement, seul le reflex ou quelques rares compacts experts donnent une latitude artistique.
Je pense au contraire qu'une démarche artistique commence par le choix du cadrage, la mise en place des éléments d'une image, la sélection d'un rendu (colorimétrie, courbes, cadre...), l'utilisation de la lumière (installation d'éclairage artificiel ou attente de l'instant propice en éclairage naturel)... Tout cela, c'est à l'extérieur de l'appareil que cela se règle, et ça se fait de la même manière avec un smartphone, un compact ou un moyen-format.
Un exemple tout bête : je ne crois pas que quiconque nierait que Le peintre de la tour Eiffel, de Riboud, soit une série artistique ; si vous regardez bien les arrière-plan, vous verrez que ces photos sont réalisées à l'hyperfocale ou peu s'en faut. Non seulement elles auraient pu être prises au smartphone, mais il aurait été plus facile de les faire au smartphone qu'avec un encombrant appareil 24x36.

Mon propos n'est pas non plus de dire que le smartphone va tuer les appareils photo et que seuls les reflex survivront à la vague. Mais balayer d'un revers de main les smartphones en les considérant comme inaptes à autre chose que la photo souvenir-Facebook, c'est à mon humble avis oublier des pans entiers d'usages pour lesquels ils sont aussi adaptés qu'un appareil photo spécialisé, et souvent plus qu'un appareil compact.
# Patrick Moll 31-12-2011 16:52
Je vais d'abord répondre à ton objection technique. Il suffit d'entrer les valeurs que j'ai données sur un calculateur de profondeur de champ pour vérifier les valeurs (j'invite les lecteurs à le faire, car c'est instructif). Par exemple DOFMaster (www.dofmaster.com/dofjs.html). On peut ainsi constater que, à distance au sujet identique, la profondeur de champ est la même pour un LX5 à 5,1 mm et f/2 et pour un D3 à 24 mm et f/9, soit les valeurs que j'ai données. Et ce serait f/21 pour un iPhone 4S s'il était référencé. La taille du cercle de confusion est automatiquement prise en compte, et indiquée dans les résultats. Je ne vois donc pas pour quelle raison mon résultat serait radicalement faux. Sinon, soit tous les calculateurs de pdc sont radicalement faux, soit je ne sais radicalement pas m'en servir, soit j'ai radicalement oublié tous mes cours d'optique géométrique de prépa (ce qui est hélas possible)...

L'image issue d'un iPhone n'est qu'un minuscule crop au centre d'une image qui aurait été prise avec un boîtier plein format sur lequel on aurait vissé une focale fixe de 3.85 mm. Que ses 8 Mpx lui fassent voir un niveau de détails équivalent à un capteur plein format de 60 Mpx a une conséquence principale : l'optique minuscule est incapable de séparer un tel niveau de détails. Si flou il y a, c'est d'abord un flou d'objectif, et de fait, les images issues d'un iPhone 4S sont loin d'avoir le niveau de netteté d'un reflex.

Je réponds dans un moment à ton objection sur la notion même de photographie.
# Franck Mée 31-12-2011 19:15
En fait, je réalise à l'instant que mon raisonnement est aussi biaisé. J'étais tellement concentré sur la notion de cercle de confusion que j'ai oublié d'envisager que la différence de rapport de reproduction joue aussi sur l'importance du bokeh, ce qui va clairement dans votre sens.

En revanche, en poussant la réflexion, oui, je remets en cause la validité des calculateurs de profondeur de champ.

Ils se basent sur un calcul du cercle de confusion qui, à mon humble avis, était valable aux temps argentiques, mais ne prend pas assez en compte les spécificités des capteurs numériques.
Un exemple simple : prenez un Contax N, tout le monde calcule la profondeur de champ avec un cercle de confusion de 0,03 mm. Prenez un Nikon D3x : tout le monde utilise un cercle de confusion de 0,03 mm... En fait, tout le monde utilise cette valeur pour tous les capteurs 24x36 mm.
Pourtant, la résolution linéaire du capteur, soit en gros la largeur d'un photosite, est passée de 12 µm à 6 µm, la définition ayant grimpé de 6 à 24 Mpx. Le filtre passe-bas vient compliquer les choses, mais il est évident que le D3x résout des détails beaucoup plus fins. Conséquence : il est beaucoup plus sensible au flou... On en fait d'ailleurs un argument permanent pour la qualité des objectifs, qui devraient proposer une résolution optique suffisante pour dépasser la résolution linéaire des capteurs et fournir une image plus nette que ce que l'appareil peut voire. Une image nette sur un N peut être légèrement floue sur un D3x, parce que le capteur du D3x voit des flous plus petits que celui du N — une image parfaitement nette, tous les opticiens savent que c'est une vue de l'esprit, ne serait-ce qu'à cause de la diffraction.

Or, le bokeh, et donc la profondeur de champ, ce n'est que du flou. La limite de la profondeur de champ est directement liée à la limite de détection du flou, donc à la résolution du capteur. En fait, le cercle de confusion doit être grosso modo proportionnel à la taille des photosites.
Si je fais une rapide approximation en considérant que l'image est nette, le théorème de Thalès indique que si le D3x a une résolution de 6 µm alors que le N a une résolution de 12 µm, alors la profondeur de champ sur le D3x doit être moitié inférieure.

Certes, sur un petit tirage, on ne verra pas ce flou (d'ailleurs, tout le monde peut constater que sur une image redimensionnée pour un site web, autour de 800 px de large, l'arrière-plan paraît souvent fort net alors qu'il est bel et bien flou sur l'image d'origine). À taille d'affichage égal, seule la taille du capteur importe, et cela peut justifier d'utiliser toujours le même cercle de confusion pour tous les 24x36 mm.
Mais je pense qu'il est temps de revoir la notion de profondeur de champ : l'intérêt des hautes définitions, c'est surtout le recadrage ou le tirage en très grand format. Et dans ces conditions, le bokeh comme le flou apparaissent plus vite sur un capteur à résolution élevée, même à taille égale.

Bien entendu, dans la réalité, le pouvoir résolvant réel de l'optique entre en ligne de compte. C'est le problème majeur des compacts, et plus encore des smartphones. Plus l'image est floue, moins le bokeh et visible et plus la profondeur de champ paraît importante.
Idéalement, il faudrait en réalité confronter des appareils sur un vrai test de profondeur de champ pour savoir plus précisément à quoi s'en tenir (en fait, des tests faits avec le Sigma SD1 me font penser que même la structure du capteur joue sur la profondeur de champ).

Mais je reste convaincu que la réalité est beaucoup plus complexe que la simple multiplication pour obtenir une "ouverture équivalente".
# Patrick Moll 31-12-2011 20:52
Tu dis que ton raisonnement est "aussi" biaisé. Je ne crois pas que le mien le soit, donc le "aussi" me semble être de trop... :wink:

Dans toute la première partie de ton second message, tu commets une erreur méthodologique que tu soulignes toi-même ensuite : un raisonnement au niveau du pixel et non à taille de tirage égale. Or, un raisonnement comparatif qui n'est pas fait à taille de tirage égale n'a aucun sens. C'est une erreur que m'efforce de combattre, par exemple dans mon article sur les mesures de dpreview (alpha-numerique.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=824:sony-alpha-77-test-complet-2-bruit-numerique-et-erreurs-de-protocole&catid=129:alpha-77&Itemid=261).
Tu dis qu'un D3X résout des détails plus fins qu'un Contax N, et qu'il est donc plus sujet au flou. Tu as raison au niveau du pixel, mais tort à taille de tirage égale. Le surcroît de détails offert par les 24 Mpx du D3X n'a pas d'impact sur l'image tirée en A4, qui est la définition nominale du Contax N. Qui plus est, le flou dont tu parles est un flou d'objectif et non un flou de mise au point (qui n'entre a priori pas dans la définition du bokeh).

Je persiste donc à penser et à écrire qu'une image issue d'un iPhone 4S est potentiellement identique du point de vue de la profondeur de champ à un crop d'un huitième d'une image prise avec un plein format avec une même focale équivalente et un nombre d'ouverture multipliée par 8. À taille de tirage identique, puisqu'il faut le préciser.
J'écris "potentiellement" car, comme tu le signales, beaucoup de facteurs marginaux entrent en jeu : filtre passe-bas, structure du capteur, qualité de l'optique, etc. C'est la limite du raisonnement théorique, et sur ce point je suis bien d'accord avec toi, mais il est impossible d'évaluer l'impact de ces éléments, qui sera de toute façon différent selon les appareils considérés. Là encore, je te rejoins quand tu écris qu'il faudrait confronter les appareils sur un vrai test de profondeur de champ, mais il faudrait le faire à tout le moins avec des optiques identiques, pour qu'un flou d'objectif ne soit pas pris pour autre chose que ce qu'il est...
# La prise de vue et le resteG L 04-01-2013 19:40
Etant donné que ce qui va être réellement montré ne dépend pas que de la prise de vue mais entre autres du ou des supports sur le ou lesquels l'image sera vue, cette question de profondeur de champ est vraiment très complexe! Il ne me semble pas exagéré de dire que presque tous les choix techniques possibles lors de la prise de vue, le post-traitement et la diffusion interviennent.

Il me faut aussi faire remarquer que les fortes contraintes techniques auxquelles étaient soumis les premiers photographes ne nous empêchent nullement de trouver d'autres intérêts que purement documentaire à ce qu'ils nous ont laissé. Nous sommes capables d'apprécier leurs photos bien que les conventions mises en oeuvre par les procédés de l'époque ne soient ni ceux de la peinture classique ni ceux de la photo actuelle.

Pour ce qui est de l'avenir il vaut mieux rester prudent même si cette annonce de Toshiba s'avère être un peu prématurée: http://connect.dpreview.com/post/4663700202/toshiba-refocusing-lens-smartphones
# RE: La prise de vue et le restePatrick Moll 06-01-2013 15:54
Oui, la profondeur de champ perçue dépend aussi de la taille de l'image, de la distance de visualisation et de bien d'autre choses. On parle donc de potentiel des appareils concernés. Le smartphone est sans potentiel dans ce domaine, du moins avec les technologies actuelles.
Après, les attentes des utilisateurs de smartphones sont globalement faibles, car on fait de ces appareils un autre usage, avec d'autres objectifs. L'essentiel est qu'ils soient dotés de ce qu'on attend d'eux. Pas sûr que beaucoup de photographes soient prêts à passer sur smartphones, même si le potentiel de ceux-ci progresse. En revanche, ils s'en contenteront peut-être comme appareil de substitution quand ils n'ont pas avec eux leur boîtier principal, plutôt qu'un compact (même expert). On verra bien avec le temps, mais il faut quand même avoir conscience que pour l'essentiel, les utilisateurs de smartphone constitue un public nouveau, qui ne photographiait pas avant l'arrivée de cette fonctionnalité sur leur mobile.
# Philippe ROUX 31-12-2011 13:11
Dans l'ensemble, je suis assez d'accord avec le point de vue de Patrick même si certains points intéressants ont étés soulevés (par Franck Mée par exemple) sur une utilisation particulière d'un appareil photo.

Je suis d'accord, mais pour l'utilisation actuelle. En effet, il est pour moi très difficile de déterminer quel sera le futur de tel ou tel appareil et de ce que la technologie peut nous apporter, ou du devenir d'une marque...
Les SLT de Sony, le succès des Nex, Olympus et les Yakuzas... Bien des choses qui en peux de temps changent une partie du monde photo.

Prenons par exemple un OPNI sorti il y a peu, le Lytro. http://www.lefigaro.fr/hightech/2011/10/20/01007-20111020ARTFIG00625-lytro-l-appareil-photo-qui-revolutionne-la-mise-au-point.php
et http://www.oezratty.net/wordpress/2011/lytro-revolution-photographie-numerique/

Voilà une bestiole qui s'affranchit de la mise au point. (même si la technologie mise en place, impliquant d'avoir un très, très grand nombre de Mpix, risque de trouver sa limite)

Qui peut alors prédire l’avenir de la photo?

Le débat reste ouvert...
# Patrick Moll 31-12-2011 22:25
Il est difficile de prédire l'avenir de la photo à trop long terme, bien entendu. Mon article est une réponse à une prédiction à bien plus court terme, qui pousse les compacts et les hybrides entre six planches de sapin... :wink:
Il y aura à coup sûr d'autres nouveautés technologiques comme le Lytro, ou déclinaisons de l'existant. Mais il reste des lois physiques, notamment optiques, qui fixent certaines limites. Nous verrons jusqu'où nous irons, mais on parle là d'appareils photo, pas d'appareils pouvant accessoirement prendre des photos.
Le débat ouvert par la prégnance des smartphone en tant qu'outils photographiques n'est technologique qu'à la marge, car il pose d'abord la question du rapport à la photographie, comme le fast-food pose celle du rapport à la cuisine.
# reponsemichel 31-12-2011 21:36
Bonjour ce qui me surprend dans votre article c'est l'absence de perspective; vous écrivez comme si la technologie n'allait plus évoluer. A 15 ans je rêvai d'un ordi à clapet avec le clavier et un écran plat, c'était l'époque du lancement du Z81 de SINCLAIR!... rêve réalisé depuis longtemps. Maintenant malgré mon age je rêve d'un smartphone donnant la même qualité que les reflexes et pourquoi pas avec de micro-objectifs interchangeables. Bref demain peut être le smartphone sera le seul appareil photo utilisé par les pro de la photo :wink:
# Patrick Moll 31-12-2011 22:36
Comme indiqué dans mon commentaire précédent, il est difficile de faire de la photographie-fiction au-delà d'un terme raisonnable. En revanche, les lois optiques font qu'il ne sera sans doute jamais possible de doter un smartphone d'un objectif 70-200/2.8 avec une profondeur de champ de reflex plein format.
Les optiques n'ont que très peu évolué ces dernières dizaines d'années, en comparaison à l'électronique. Votre interrogation rejoint celle des photographes qui ne comprennent pas pour quelle raison Sony ne produit pas un transtandard expert au format pancake, par exemple un 16-50/2.8 pas plus grand que le 16 mm f/2.8. Tout simplement parce que cela n'est pas physiquement possible,et que cela ne le sera sans doute jamais. Or, l'optique est au coeur de la photographie, bien plus que le support d'enregistrement du signal lumineux. Les hybride semblent être une révolution, mais en réalité, ils ne sont qu'une déclinaison compacte des reflex. Les smartphones sont une déclinaison numérique du Polaroid, dans un même esprit de consommation rapide. On est très loin d'un outil professionnel, et on le restera. Je ne crois d'ailleurs pas qu'un seul pro ait envie de shooter avec un téléphone, si bon soit-il, sauf comme le dit Franck Mée dans des circonstances extrêmes où une discrétion non moins extrême est une condition impérative.
Donc rêver oui, bien sûr, mais dans la limite des impossibilités physiques connues et admises... :wink:
# Patrick Moll 31-12-2011 22:57
Une chose encore : il serait en effet techniquement possible d'imaginer un système d'objectifs interchangeables sur un smartphone, mais quel sens cela aurait-il ? Cela arrivera peut-être, mais restera un gadget. Quitte à s'encombrer de petites pièces minuscules et faciles à perdre, autant opter pour un véritable appareil compact.

Au-delà du cas spécifique du smartphone, il ne faut jamais perdre de vue que la solidité d'une chaîne est celle de son maillon le plus faible. Devant un capteur moyen, il est bien inutile de fixer des optiques haut de gamme. Le pentax Q, qui est précisément dans ce cas, est une énigme pour moi... :-?:
# Benji 01-01-2012 13:26
Bonjour à tous et j'en profite pour vous souhaiter une bonne année 2012. Je remarque que certains ont une façon originale de flinguer l'année 2011, mais j'espère néanmoins que vous n'avez pas passé l'an neuf sur vos claviers mais plutôt un bon verre à la main. :wink:
Ceci étant dit, un tout grand merci à Patrick et aux autres pour ce débat très intéressant.
En ce qui me concerne, je pense que le smartphone se résume assez bien à une sorte de bloc-note pour souvenirs graphiques. Je pense que mon utilisation de ce "machin" se résumera à prendre les éventuelles photos immédiatement sur les lieux d'un accident ou d'un autre évènement qui nécessitera d'avoir une image alors que je n'aurai pas d'appareil photo sous la main (je n'en ai pas en permanence dans ma voiture...).
Je pense également que la principale clientèle de ce genre d'engin sera faite de gens qui n'auraient de toute façon pas acheté d'appareil photo autrement, même pas un petit compact. Mais par contre, toute une série de pratiques photographiques (et je en rentre même pas dans l'aspect artistique ou non) resteront éternellement hors de portée de ces brols, les réalités physiques de l'optique ne permettant pas une miniaturisation infinie, contrairement à l'électronique (et encore, infini n'étant pas le terme correct...). Je pense notamment à la photographie animalière ou de sport, par exemple.
# Patrick Moll 03-01-2012 02:27
Je crois qu'on fait la même analyse : le smartphone est un outil de dépannage pour les photographes, et un appareil photo pour ceux qui n'en auraient pas acheté. On peut espérer qu'ils en heurtent les limites et choisissent de franchir le pas vers un appareil dédié, ne serait-ce qu'un bon compact.
# Benji 03-01-2012 12:07
By the way, j'ai vu hier sur un autre forum un adaptateur pour pouvoir utiliser des optiques réflex sur un iphone4. J'avoue être plus que dubitatif sur ce genre de brol: si on a des optiques reflex, c'est pour s'en servir avec un reflex, pas pour les adapter sur un appareil qui n'est de toute façon pas prévu pour utiliser un autre objectif et qui ne pourra pas profiter réellement de ce potentiel. Et d'autre part, je ne vois pas non plus le gars qui photographie avec un iphone s'encombrer d'un objectif reflex, sinon, encore une fois, quel est l'intérêt de la démarche????

Je reste persuadé que pour faire quelque chose parfaitement, il faut un appareil spécialisé, et qu'au plus un appareil pourra faire de choses différentes, au moins il en fera correctement. Curieux de voir le goût qu'aura le café quand l'iphone pourra le faire...

Le monde tourne fou, c'est moi qui vous le dit!
# \"Agression réprouvée de Diptères en Vol\" !Henry 67 01-01-2012 14:03
J'ai beaucoup aimé le "Dialogue Alterné" entre Franck et Patrick !
N'en déplaise à Franck, son approche très "souvenir famille" décroche très rapidement, au fil de son argumentation très "hyper-technique".
D'où ma surprise en lisant ce plaidoyer pour cette masse de souvenirs "smartphonisés" ...
En effet, lorsque je regarde les masses de photos que mes "élèves-seniors" proposent de commenter, force m'est de constater que l'absence totale de "cadrage" préside à la majorité des photos.
Alors, sincèrement, comment argumenter sur l'aspect Souvenir de ces images, quand "l'oncle Jules", photographié le jour de ses 75 ans, est cette petite tâche noire en bas à gauche ?
Débattre de Valeur Artistique, alors que la faiblesse de la Valeur simplement Photographique, reléguera tout simplement ces images "dans la corbeille", d'ici un an, chassées par d'autres smartphotos de même niveau ...
Naturellement, nous pourrions y aller du petit couplet sur la Valeur-Souvenir de ces trésors argentiques fin 19ème-début 20ème, de ces "gommes bichromatées" merveilleuse... Ce serait oublier bien vite que, pour 100 images , il y a eu probablement plus de 1.000 images à oublier !
Et l'image numérique, ajoutée à la boulimie de consommables, concourt à l'aggravation de cette proportion.
Vous vous en doutez, j'ai beaucoup apprécié cet intéressant Débat Alterné, mais sa "consommation" me semble réservée à l'élite des usagers des "Reflex-Expert" ... Il passera au dessus de la tête de mes Seniors, qui continueront à massacrer joyeusement leurs Souvenirs, avec leurs Smartphones, leurs Compacts (expert ou non), leurs Bridges et même leurs Reflex !
Et si, dès cette année 2012, nous "autorisions" chacun à faire librement ses choix ?
Ce sera mon vœu essentiel, pour cette nouvelle année
Henry
# Patrick Moll 03-01-2012 02:35
Ce qui m'étonne le plus dans les médias spécialisés qui considèrent le smartphone comme un appareil photo à part entière et propage le buzz, c'est que ce sont les mêmes qui vont aller chipoter sur des détails de boîtiers infiniment meilleurs. J'ai bien du mal à percevoir une cohérence dans leurs discours global sur la photo. Ce que j'écris là ne concerne d'ailleurs ni Franck, ni Focus.
# je reve d\'un hybride... hybride !!!arnaudco 02-01-2012 10:57
J'aimerais un appareil photo hybride (bon capteur - bonne gamme d'objectifs interchangeable) doté d'un systeme d'exploitation extensible permettant d'y installer des applications creatives : derawtiseurs - traitemnts hdr - timelapse - filtre - utilitaires en tout genre... et capable de traiter les photos et de les publier sur internet en temps réel !

Bref, je voudrais un hybride communicant avec un OS de smartphone.
# Patrick Moll 03-01-2012 02:42
Je prends les paris qu'à très court terme, on verra des appareils photo capables de communiquer avec les smartphones pour s'en servir comme passerelle vers le Web. En revanche, il m'étonnerait qu'on puisse embarquer des softs de HDR ou autres pour deux raisons : la puissance des processeurs est encore insuffisante, mais surtout je vois mal comment faire correctement ce genre de traitement sur un écran 3" au gamut minuscule. Le HDR ou le développement d'un Raw sont des actions toutes en finesse et précision, et me semblent incompatibles avec ce genre de conditions d'utilisation. En revanche, avec une tablette, c'est bien plus imaginable...
# smartphones vs reflexPetit Francois 21-12-2014 21:36
"il m'étonnerait qu'on puisse embarquer des softs de HDR"
Bonsoir!
je possède un Nikon D4 , passionné par la photo! mais je viens de m'acheter un galaxy S5 et je dois dire à mon grand regret, que je suis complètement bluffé par ce que peuvent faire ces petits engins!!la fonction Hdr existe dans le smartphone!!!et " pour ce que fait l'appareil" c'est plutôt pas mal! cela correspond à une fonction D lightening sur le D4!! Bien sûr la netteté n'est pas comparable!, la dynamique non plus!! la propreté dans les hauts iso non plus!! mais si je compare à mon pentax K 10 d'il ya quelques années avec des objectifs déjà lourds!! je ne parierais pas sur le plus de netteté. Je finis par me demander si un jour on ne sera pas capable de se passer tout bonnement du verre, de l'optique pour faire des belles photos ?????? et cela , je dois dire que cela me ruine le moral!!! car l'approche de la photo par ces galettes plates appelées smartphones et utilisées par des touristes japonais ayant fait fuir toutes les marmottes que je m'étais attachées à surveiller à l'affut!! je dois dire que cela me fout les boules à un point!!!!!!!!!!!!!!!!J'aimerai s bien avoir une petite réponse à ce sujet, car franchement il y a du souci à se faire le galaxy s5 embarque la 4K en vidéo alors que le d4s en est encore au full HD. la slow motion est comprise dans L'appli de la vidéo!! etcc cela donne à réfléchir !!!
# Certains verrous sauteront... plus vite qu\'on ne JeanMarie 02-01-2012 16:21
Bonjour,

Félicitations encore à vous, Patrick et vos lecteurs, pour votre article et vos échanges. Je ne suis pas sonyste (canoniste en l'occurrence), mais je lis vos articles toujours avec le plus grand intérêt. (Vivement que Numeraw prenne également son véritable envol!)

Je n'interviendrait pas tellement sur l'aspect de la pratique photographique et artistique en elles-même, si ce n'est pour confirmer que, selon mon sentiment, l'utilisation du smartphone sera toujours marginale en tant qu'outils photographique "d'intérêt", c'est à dire pour un passionné de photo dans une démarche un tant soit peu créative. (Non pas que la photo souvenir n'ait aucun intérêt, mais elle n'est pas sujette aux mêmes contraintes)

En revanche, je pense qu'il pourra à court ou moyen terme (et pas à long terme comme vous semblez le penser) remplacer le compact classique (selon la terminologie que vous employez dans votre article). J'imagine en effet très bien qu'un utilisateur de la niche compact achète dans un proche avenir un appareil photo qui fasse aussi téléphone, et non plus un téléphone qui fasse appareil photo. Tout simplement pour ne pas multiplier les dépenses, et car ce pourrait être très bientôt techniquement viable.

En effet, que faut-il pour obtenir les performances d'un compact classique ?
- Un petit capteur. On peut très bien imaginer mettre dans un téléphone celui d'un compact.
- Un diaphragme à peu près correct. Je n'y vois pas d'objection, étant donné les avancées de la mécanique et de la micromécanique. On ne demande pas, de toute façon, à un compact d'être hyper réactif et d'obturer au 1/4000s.
- Une optique de bonne facture. Pas nécessairement excellente, mais qui en tout cas ne limite pas trop les possibilités du capteur.

Et là Patrick, je vais diverger un peu de votre analyse. Vous ne voyez en effet qu'un bon verre pour faire une bonne optique. Or de nouvelles solutions émergent, par exemple les lentilles liquides déformables, manipulées électriquement (cf. le lien suivant et le site de la société Varioptic, de technologie française pour une fois :wink: http://www2.cnrs.fr/presse/thema/360.htm)
Je ne sais pas si ces optiques rivalisent, à grandeurs égales (focale, ouverture), avec des objectifs en verre, mais la technologie évoluant cela ne me parait pas improbable pour de petites lentilles. Avec plusieurs électrodes, ils prétendent déjà être capable de corriger astigmatisme et aberration sphérique par exemple. Et en plus de ça, ces lentilles sont d'emblée à focale et inclinaison variables, et font donc autofocus et stabilisation d'image!

Non, vraiment, je crois qu'il ne faut pas présumer de la technologie, même à court terme.
Bien-sûr, les compacts classiques évolueront également dans le même temps, et pourront toujours être de meilleure qualité que ces nouveaux smartphones, mais à quoi bon si c'est pour obtenir des performances simplement dignes de photos souvenirs?
J'imagine donc bien la segmentation suivante :
- smartphones, réunissant leur usage actuel et celui des compacts classiques actuels (souvenirs, bloc-note);
- bridges, compacts avancés et hybrides, pour les débutants se passionnant pour la photo, ou pour les experts qui veulent disposer d'un appareil à emporter dans la poche;
- reflex, moyen format et autres appareils hauts de gamme, pour les passionnés et professionnels.

Mais bien-sûr je ne m'appelle pas Nostradamus. (Et même si je l'avais été...)

Meilleurs voeux à toutes et à tous, et bonnes photos.

Jean-Marie, de Paris
# Patrick Moll 03-01-2012 03:08
Je ne crois pas qu'il soit possible de mettre un capteur de compact dans un smartphone, car cela nécessiterait qu'il soit beaucoup plus épais. Or, ce n'est vraiment pas la tendance actuellement. De la même manière qu'il existe des lois optiques, le tirage mécanique est également une contrainte forte. Quant aux optiques, prise en le marteau de la miniaturisation et l'enclume du coût, il y a également peu d'espoir de voir arriver des merveilles sur les smartphones.
Pour le reste, je n'entrerai pas dans de la technologie-fiction, mais je reviendrai plutôt sur les besoins et les usages. Un photographe a-t-il envie de shooter au smartphone ? J'en doute, et pas qu'un peu. Le smartphone a su créer un public nouveau, ce qui est indéniable, mais la question posée dans l'article est de savoir s'il phagocytera les compacts (et plus si affinité). Autrement dit, allons-nous assister de la part des possesseurs actuels de compacts leur abandon au profit des smartphones - ce qui est pour moi une claire régression - et à un non-renouvellement du public des compacts. Vous pensez que oui, je pense que non (ou alors, comme je l'ai écrit, à la marge).
Shooter au smartphone, c'est comme jouer au foot avec un ballon de rugby. On peut, faute de mieux, mais quand on aime le foot, on achète le ballon qui va bien. L'acte d'achat d'un appareil dédié est pour moi une sorte de rituel d'entrée dans la photographie, même pour faire de la photo souvenir ou familiale. Je crois qu'il le restera, et que deux populations de preneurs d'images cohabiteront.
# Fabien 03-01-2012 12:05
"Je ne crois pas qu'il soit possible de mettre un capteur de compact dans un smartphone, car cela nécessiterait qu'il soit beaucoup plus épais"
je pense le contraire : en reprenant ma comparaison entre Iphone et mon compact LX5, on a vu que le capteur du LX5 était environ 2 fois plus gros. Mais le capteur du LX5 ("expert" ...) est déjà plus gros que les compacts "normaux" : diagonale de 10 mm pour le LX5 contre 7.7 mm pour un compact normal. La taille de capteur de l'Iphone est donc d'ores et déjà proche de la taille de capteur d'un compact normal.
Par contre il y a bien une très grosse différence pour la taille de l'optique entre compact et smartphone ...
# Patrick Moll 04-01-2012 16:58
Je pense que le capteur actuel de l'iPhone 4S n'est pas loin de la taille maximale possible étant donné l'épaisseur de l'appareil et les contraintes sur les lentilles. Sans parler d'un zoom optique, pour aller vers une focale fixe plus grand angle, plus ouverte ou un capteur de taille supérieure, il faudrait accorder plus de place à la partie photo. Or, je doute que ce soit le souhait des constructeurs de téléphones. Ou alors, il faudrait aller vers un appareil photo téléphonique, ce qui peut très bien s'envisager, mais on s'éloigne alors du concept du smartphone où la photo est accessoire et non centrale. Il faudra regaarder l'évolution des téléphones du côté de Samsung ou Sony pour voir vers quoi on va...
# et si les utilisateurs décidaient ???Geoffroy 03-01-2012 01:49
Article (et débat) captivants, même si la notion de cercle de confusion m'a un peu confondu, c'est le cas de le dire :-)
J'avoue que le fait de prendre le problème à l'envers, en partant de la technologie existante (et à venir) et non pas des usages et des besoins, me semble aussi de nature à fausser le raisonnement : que la différence d'utilisabilité (ergonomie, réglage, cadrage) et de qualité entre smartphone et compact soit toujours à l'avantage de ces derniers ne permet pas de conclure qu'ils "survivront" s'ils ne correspondent pas à un besoin. Même si je pense en fait qu'il y a une place pour chaque outil. Et j'imagine (peut-être à tort) que la production en masse (à l'échelle d'un fabriquant de smartphones et pas d'un opticien) pourrait suffisamment faire baisser les coûts pour qu'un Sony ou un Samsung décide, dans une démarche engagée, de transformer ses smartphones en appareil photo téléphonique à un coût acceptable...
Meilleurs voeux à tous et merci pour tous ces conseils et informations
# Patrick Moll 03-01-2012 03:47
Le capteur de l'iPhone 4S est déjà un Sony... :wink:
Sinon, je pense également qu'il faut parler des usages autant que des matériels. La convergence des technologies est une chose très positive : avoir sur un même appareil un téléphone, l'accès au net, un baladeur, un reader d'ebooks et une console de jeu est une bénédiction dont je me réglage chaque jour. Cela étant, si la téléphonie et le baladeur sont pleinement fonctionnels, un smartphone ne remplacera pas un ordi, ni une tablette ou un livre pour lire, ni même une vraie console de jeu pour les gamers. Pour la photo et la vidéo, c'est pareil. C'est très bien d'avoir ces fonctionnalités sous la main en permanence, mais cela ne remplace pas un vrai appareil photo, même un simple compact, pour les gens qui veulent vraiment faire de la photo.
Je joue à Angry Birds de temps en temps, mais je ne suis pas gamer, donc je me contente très bien de ça. Je lis mes mails, je suis mes flux et je surfe un peu sur mon iPhone, mais ce n'est pas avec lui que j'ai créé Alpha-numérique ou que j'écris mes bouquins. Le smartphone en tant qu'appareil photo s'adresse à des gens qui se contentent de ce qu'il propose comme outil à tout faire. Même s'il parvient à produire des résultats convenables, il reste un outil à tout faire qui ne s'inscrit pas dans une démarche de photographe, alors que la possession d'un simple compact fait entrer dans l'univers de la photo et pousse à aller de l'avant.
La population de smartphonistes croît rapidement, mais elle est nouvelle et s'ajoute à celle des photographes. Croire qu'elle va en avaler une partie est de mon point de vue une erreur, pas seulement à cause des différences de qualité, mais aussi parce que la photo est une activité créative et non passive comme écouter de la musique, regarder un film ou même lire un bouquin. Le smartphone restera donc l'outil photographique des gens qui n'investissent rien d'essentiel dans cette pratique. L'avenir dira si mon analyse est bonne et si j'ai raison de faire une distinction fondamentale entre le preneur d'images au smartphone et le photographe possesseur d'un compact, même d'entrée de gamme.
# Ric 04-01-2012 16:07
On refuse les caméras aux spectacles de U2 et de SIr Paul et pourtant tout le monde prend des photos ou des vidéos avec son portable !

C'est assez révélateur sur l'idée que l'on peut se faire d'une caméra et de la qualité qui y est associée. Ne vous fiez pas au portable pour un bon bootleg de spectacle, disons...

Mais c'est une arme efficace pour l'instantané et je suis d'accord avec le commentaire voulant que le sujet ou son entourage n'a pas la même perception selon que l'on braque sur lui une caméra ou un iPhone .

C'est une question de mœurs et de facilité, pas de débat technique. Au mieux ou au pire, certains vont privilégier le iPhone en vacances au détriment d'un petit appareil. Certains bons photographes vont aussi s'en servir pour la galerie. Ils vont oublier de dire tout le travail de post-traitement qui vient avec...

On devrait commencer nos post avec notre âge ! Ça aussi, ce serait révélateur sur notre contenu. :D
# Patrick Moll 04-01-2012 17:11
:D
La geekerie ne frappe pas que les jeunes, j'en suis une vieille preuve. En revanche, j'étais déjà photographe au moment de l'arrivée des smartphones et des modes photo. Je pense qu'en photo, on ne peut accepter la régression du matériel. C'est notamment pour cette raison que je décris le smartphone comme l'appareil photo des non-photographes. C'est aussi pour cela que le flood d'images issues de smartphone sur les galeries en ligne est le fait de jeunes dont c'est souvent le premier contact avec la photo. L'esprit Facebook fait le reste : de la m..., mais en grande quantité et très vite partagée, soit l'exact contraire de ce qui doit guider une prise de vue. On aime ou on n'aime pas. Je n'aime pas, et surtout cela n'a pour moi rien à voir avec la photo. Les exceptions qu'on peut trouver - et il en existe bien évidemment - ne font comme toujours que confirmer la règle.
# Thierry 05-01-2012 13:46
Débat qui m'intérèsse au plus haut point. Je fais de la photographie depuis quelques années et depuis quelques semaines, j'ai acheté un iphone. Pas uniquement pour l'appareil photo mais je dois avouer que ca a quand même pesé pas mal dans la balance.
Au préalable, j'ai un peu regardé ce qu'il était possible de faire et franchement, j'ai trouvé des photos assez créative faite sur le web. Certe, ce ne sont pas des photos avec un piqué de malade ou un beau bokeh, mais des photos qui souvent utilisent un filtre pour masquer les défaults. Pour moi, chaques objectifs que je possède pour mon reflex à une utilisation particulière et bien souvent, le même objectif est utilisé pour la même série.
Dans le même état d'esprit, j'utiliserai mon iphone pour une série en particulier ou les filtres proposés par l'iphone et sa discretion ajouteront un plus à mes photos. Le fait qu'il sera tout le temps avec moi est réellement intérèssant, non seulement par le fait que je pourrais capturer la photo qui se présente à moi, mais je peux aussi progresser plus vite, car c'est en pratiquant que l'on progresse.
Certe quand on regarde la quantité de photos faitent avec l'iphone, on se dit que le pourcentage de bonne photo est bien faible, mais bon, si ces personnes faisaient des photos avec un reflex, je ne pense pas que les photos seraient meilleures. L'oeil du photographe est pour beaucoup dans la qualitée d'une photo.
Pour la qualité photo, bien que limite, je la trouve exploitable au niveau du web (en impression, j'ai pas encore essayé), donc le fait qu'il soit facilement possible de diffuser est un plus.
Bref, je trouve qu'il a des idées intérèssantes dans le smartphone qui devrait être appliqué aux autres appareils photos comme l'ouverture à des applications tierces et le moyen de diffuser ces photos facilement, sans celà, le compact risque quand même d'avoir du mal à ne pas perdre trop de terrain car ils sont un peu sur le même créneaux => compact avec qualitée photo moindre. Au club photo ou je suis, petit à petit, certains s'y mettent, pour des résultats assez intérèssant...
# Patrick Moll 06-01-2012 00:58
Votre s'inscrit très précisément dans le cadre de la conclusion que je tirais un peu plus haut : les exceptions qu'on peut trouver - et il en existe bien évidemment - ne font comme toujours que confirmer la règle.
Bien sûr que les utilisateurs experts sauront tirer le meilleur parti des smartphones en tant qu'appareil d'appoint. Moi-même, je pourrais finir par avouer sous la torture avoir utilisé mon iPhone pour quelques dizaines de photos certaines fois où j'étais sorti "tout nu"... ;-)
Je suis donc bien d'accord avec ce que vous écrivez, mais l'essentiel de mon propos n'est pas là : il concerne la masse des utilisateurs actuels, en progression foudroyante, qui utilisent le smartphone en tant que seul appareil photo et à propos desquels "on" conclut qu'ils menacent les compacts. Pour moi, c'est une autre population que celle des photographes, et que pour cette raison, les compacts ne sont pas en danger (sauf s'ils ne progressent plus en termes de qualité d'image et de fonctionnalités). Je pense même que les bons compacts pourront gagner des clients de smartphone décidés à passer un cran au-dessus.
# Fabien 06-01-2012 01:27
Tiens j'y pense : je serais très curieux de voir les résultats de tests Dxomarks pour quelques smartphones, pour avoir une échelle permettant de comparer les qualités des différents types d'appareils.
J'imagine qu'on trouverait une différence tout à fait en faveur des compacts, mais je pense, notamment étant donné les tailles de capteurs en présence, que la différence de qualité entre smartphone et compact serait très inférieur à la différence de qualité entre compact et Réflex APS-C.
Malheureusement, je ne suis pas sur que Dxomarks décide de faire des tests de smartphone ...
# Patrick Moll 09-01-2012 02:38
Tu auras du mal à voir les résultats d'un smartphone sur DxOMark, Fabien, ou alors les choses auront bien changé. Les caractérisations de DxO Labs sont faites sur des Raw, pas sur des Jpeg... :wink:
# Fabien 09-01-2012 23:18
ahhh c'est vrai, bien vu ! il va donc falloir attendre que l'Iphone produise des raw ... bon, c'est surement pas demain la veille.
je ferai donc d'ici peu des comparaisons par moi même sur de vraies photos, ce qui n'est pas forcément plus mal ...
# RioBravo 08-01-2012 01:19
Comme le remarquait Pierre Dac, rien n'est plus difficile à prévoir que l'avenir.

Bien sûr, je souscris complètement à l'analyse faite par Patrick et aux commentaires pertinents qu'elle suscite. Mais je me souviens du temps pas si lointain où il existait des PDA d'un côté et, de l'autre, des téléphones mobiles. Les premiers servaient d'agenda et de carnet d'adresses, avec quelques jeux basiques et même des modules GPS, avec assez de ressources pour faire tourner un logiciel TomTom. Les seconds se contentaient de téléphoner. Les deux devaient se partager les poches.

Sur des forums dédiés, le débat faisait rage entre ceux qui croyaient en la pérennité de cette dualité et ceux qui pensaient que les deux appareils seraient réunis avant longtemps. De fait, on a fini par voir arriver des "PDAphones", épais, coûteux, meilleurs téléphones que PDA. En moins de cinq ans, ils étaient devenus les "smartphones" que nous connaissons. La prise de vue et la vidéo sont arrivées en même temps, et la visio-communication, et bien d'autres choses inenvisageables en 1995.

Le seul détail que n'avaient pas prévu les sympathiques webmestres des forums de PDA, c'est qu'eux-mêmes disparaîtraient en même temps que les Palm, iPacq, Axim, Revo et autres Loox. C'est pourquoi j'ai une tendance à me méfier des prévisions techniques à plus de cinq ans, même si je n'en pense pas moins.

En matière de photographie, les expériences actuelles, qui ressemblent à des tâtonnements, se dispersent entre reflex, bridges, compacts et plus récemment hybrides, comme le détaille excellemment l'article de Patrick. Bien malin qui pourrait dire aujourd'hui quelle formule durera, laquelle est une impasse (comme les Polaroids qui semblaient pleins d'avenir), et même si une nouvelle n'apparaîtra pas, qui fera la synthèse de l'existant. Dans cette dernière éventualité, même les reflex ne sont pas assurés de rester ce qu'ils sont.

Qui aurait prédit, voilà vingt ans, l'avènement du numérique et sa suprématie finale ? Qui oserait affirmer que le numérique ne sera pas, lui-même, remplacé dans vingt ans par une nouvelle formule dont nous n'avons aucune idée aujourd'hui, et qui pourrait faire la part belle à la miniaturisation ?

Finalement, lorsque je sors avec mon smartphone dans une poche et mon compact dans l'autre (en laissant le reflex à la maison), il m'arrive de repenser au vieux débat des PDA...

Certes, notre hôte ne se hasarde pas, dans son article, à des spéculations aventureuses à dix ou vingt ans. Il se contente de critiquer une mode, certains emballements mondains, de rappeler des contraintes techniques qui ne changeront pas de sitôt, et nous ne pouvons que le suivre. Sur la philosophie générale de la photographie que ses constats impliquent, il me semble qu'une large majorité est d'accord avec lui.

Après tout, c'est l'essentiel, et je le remercie cordialement. :wink:
# Patrick Moll 09-01-2012 02:48
C'est vrai qu'il est tentant de faire un rapprochement avec les fusions technologiques observées ces dernières années. Mais... une fois encore, il est des règles qui ne peuvent se transgresser facilement. Les lois optiques en font partie, et avec des épaisseurs de moins de 1 cm, il n'y a aucune chance qu'un smartphone puisse embarquer un gros capteur, un zoom lumineux ou que sais-je encore. L'électronique va encore s'améliorer, mais le bloc optique est fortement contraint par la place disponible. J'en ai discuté pas plus tard qu'hier soir avec un architecte hardware de haut niveau qui travaille notamment pour les technologies mobiles aux US et qui m'a confirmé tout cela. Il ne voit aucune solution qualitative émerger sur la base actuelle des smartphones, qui sont pleins comme des oeufs à l'intérieur.

J'ai dû le dire plus haut, espérer une qualité d'image et des fonctionnalités de même niveau qu'un bon compact (je ne parle même pas des modèles experts) est une illusion du même genre que celle des photographes qui ne comprennent pas pourquoi Sony ne produit pas un zoom 16-50/2.8 pancake pour les NEX. Tout simplement parce que c'est impossible, et que ça le restera. Sauf rupture technologique majeure dont aucun prémisse n'est actuellement visible...
# \"Photophonie\"Jean-Michel V. 10-01-2012 16:38
Je suis toujours fasciné par cet acharnement des individus à vouloir posséder le dernier né de la technologie pour la photographie. Il me semble plus important de savoir et comprendre que ce ne sont que des outils qui doivent nous servir à exprimer un point de vue.

Si j’utilise un smartphone c’est le plus souvent pour partager mes photos par internet ou directement par mms. J’y dévoile un moment d’intimité qui n’a bien souvent d’intérêt que sur l’instant et, que, s’il est partagé dans son immédiateté. Ce smartphone est aussi un bloc note pour les étourdis. Mais, je crois également qu’il peut engendrer un réel travail photographique, réfléchi et intentionnel pour produire une œuvre. Même si celle-ci se base sur l’intime. On peut se demander quel appareil photo aurait utilisé Sophie Calle si elle avait posséder aussi un téléphone portable dernière génération ?

Il faut savoir que bon nombre de possesseurs d’appareils photo, reflex, bridges, compacts, hybrides ne produirons rien de plus qu’une image « parfaite » techniquement. Pour beaucoup, il n’y a d’autre but que la « belle » image lorsque celle-ci semble se présente à eux. Elle s’impose donc photographiquement par la « belle » lumière, le beau paysage, le beau sourire et pourquoi pas … Toutefois s’il n’y a que cette ambition, elle n’ira pas plus loin que de faire des photos et ne constituera pas une « œuvre ».

Celui qui souhaite faire de LA photographie doit se questionner sur ce qu’elle est, en contraire un minimum son histoire. Pas seulement l’histoire de l’évolution technique, mais aussi ses courants, souvent liés à l’avancée de la technologie j’en convient. Cartier-Bresson n’aurait jamais fait « d’instant décisif » si la sensibilité de la surface sensible étaient resté à 6 iso avec un appareil photo pesant 10 kilos, devant changer la plaque de verre à chaque prise de vue.

Je crois aujourd’hui que toutes ses techniques peuvent se côtoyer et apporter chacune leur spécificité pour exprimer au mieux l’intention d’un photographe. N’oublions pas que derrière cette machine, il y a un œil, derrière cet œil, un esprit.

Une majorité des photographies contemporaines, dites plasticiennes, sont réalisées avec des chambres photographiques 20x25, Gregory Crewdson, Alec Soth, Mitch Epstein, Nefzger Jürgen, l’école de Dusseldörf…, même Raymond Depardon s’est investi dans cette direction pour réaliser son travail sur la France, donnant une aura à la banalité de qui a été photographié.

Yann Arthus-Bertrand quant à lui, a besoin d’un reflex 24x36 avec des optiques de qualités pour obtenir ses photographies aérienne, pour dire quoi du haut de son hélicoptère ?

Lorsque Mario Giacomelli en 1977 commence ses paysages italiens vu du ciel, en noir et blanc, il n’avait pas les mêmes moyens et ses photographies ont toujours quelque chose à nous dire de ces terres paysannes creusées par l’homme, un acharnement au travail qui laisse sa trace comme des cicatrices du temps, avec tout de même cet espoir de récolte.

Nancy Rexroth, se ballade avec son appareil en plastique pour réaliser une introspection sur son enfance passée dans l’Iowa. Quoi de plus expressif que ces images actuelles qui semblent dater d’un autre âge, celui ou Nancy ne faisait pas de photos. Une manière de revenir sur ses souvenirs et finalement de garder là encore une trace qu’elle avait peut-être perdu.

L’utilisation des smartphones est assez récente pour avoir un recul sur ces nouvelles pratiques. Il y a bien des gens qui produisent des images avec ces téléphones, qui dira si elles resteront comme un travail artistique ? En février 2005, Jean-Marie Baldner et Yannick Vigouroux co-écrivent un livre ; « Les pratiques pauvres » en sous-titre « du sténopé au téléphone portable » (isthme éditions), l’interrogation est déjà là. Ils fondent avec quelques autres un mouvement « foto povera », qui s’inscrit dans l’utilisation d’appareils photo anciens, jouets, téléphones… c’est pour eux faire une image à sensations, plutôt qu’une image sensationnelle. Phrase relevée dans le livre de Serge Tisseron « le mystère de la chambre claire ».

Lorsque l’on parle de photographie on ne peut passer sous silence l’attitude photographique, celle du photographe, mais aussi celle du photographié. Elle n’est fondamentalement pas la même avec une chambre 20x25 et un téléphone portable. Philosophiquement le comportement en découle. Voir, tout le monde voit, moi qui utilise un appareil photo (quel qu’il soit), comment je vois avec cet outil ? Et au final comment je veux montrer.

Joël Meyerovitz promène sa chambre 20x25 dans des jardins publics new-yorkais et interpelle le quidam pour le photographier. La chambre impose une composition rigoureuse, la maîtrise de la lumière et la mise au point la plus précise pour obtenir les zones de flous ou de nets souhaitées pour faire la « bonne » photo dès la première prise de vue. La mise en scène, le cérémonial qui accompagne cette prise de vue distingue le photographe et le photographié.

L’utilisation d’un téléphone portable met les deux individus sur une certaine égalité. Celui qui est photographié peut être aussi le photographe. L’acte photographique est ainsi désacralisé. Comme il le serait avec un appareil jetable, un appareil jouet…

Pour conclure, tout le monde (ou presque), aujourd’hui fait des photos. Peu font de LA photographie.

Jean-Michel Verdan
10/12/2012
# Patrick Moll 11-01-2012 00:31
Quant à moi, je suis toujours fasciné par cet acharnement d'une poignée d'individus à tenter d'opposer le talent et le matériel (et plus généralement la technique photographique). Ils shootaient avec quoi, au juste, les Capa, Riboud, Salgado et consorts ? Des Lomo ? Non, avec des Leica. Et ils ne laissaient rien au hasard dans leur flux de production d'images.
Vous citez également les nombreux photographes utilisant des chambres et non pas des outils de faible qualité. Pourquoi d'après vous ont-ils choisi un matériel de haute qualité ? Simplement parce qu'ils n'auraient pas accepté qu'un simple outil soit un frein ou une contrainte (même si une chambre peut parfois en être une).
Je suis donc bien d'accord avec vous quand vous écrivez que le matériel n'est qu'un outil. C'est précisément quand ledit outil devient l'élément central de la création photographique que cela pose un problème. Or, c'est bien ce qui se passe avec l'effervescence autour des smartphones et leur appropriation par une frange "avant-gardiste". En toute cohérence, vous devriez la rejeter, ce que vous êtes loin de faire...

Un boîtier est là pour libérer le photographe, pour aider son talent - quand il existe - à s'épanouir. C'est dans cet esprit qu'on essaie d'avoir du bon matériel et qu'on s'intéresse à son évolution. L'intérêt pour le matériel n'est donc certainement pas exclusif de celui pour la photographie.
Qu'une poignée de photographes trouvent leur plaisir ou leur inspiration dans l'autocontrainte matérielle est non seulement marginal, mais de mon point de vue sans intérêt. J'ai personnellement un peu de mal avec l'esprit pénitent, et encore plus avec le discours abscons et prétentieux qui lui sert d'emballage.

Peu font de La photographie, écrivez-vous. Je suis bien d'accord, mais je pense que nous aurions du mal à nous accorder sur la définition de ce qu'est La photographie. Même si apparemment nous partageons les mêmes lectures...
# \"photophonie\" (suite)Jean-Michel V. 11-01-2012 11:55
Bonjour
Patrick je réponds brièvement sur un point, oui un boitier est là pour libérer le photographe... mais je crois que ce qui le libère c'est simplement connaître la technique photographique et qu'ainsi il sait ce que peut faire un smartphone ou un reflex haut de gamme.

J'ai bien dit il me semble, que l'appareil photo, quel qu'il soit, est un outil au service du photographe et que l'on ne peut obtenir le même résultat avec une chambre photo, un reflex, un appareil jouet. Au photographe de savoir utiliser le bon outil pour exprimer au mieux SA photographie.

Pour ma part, lorsque j'utilise un Agfa Clack ce n'est pas pour me donner des contraindes, bien au contraire c'est tout simple un Agfa Clack :-)
Mais je sais que je ne peux pas tout photographier avec.

Je rejette comme vous l'utilisation de quelque outil photographique que ce soit si ce n'est juste pour mettre en évidence ces performances techniques, ou faire en effet tendance en utilisant un smartphone.

En revanche je ne rejette pas cette utilisation par une personne qui a l'intention d'uliser l'outil justement pour ce qu'il est et les effets qu'il peut produire. C'est cela un "travail" photographique, prendre conscience des outils et les utiliser pour ce qu'ils sont.

Dire ce qu'est LA photographie est en effet bien difficile. J'oserais en donner tout de même une définition.

LA photographie est le moyen d'expression d'un individu qui prend conscience de sa vision et qui veut la transmettre et cela avec un outil photographique (quel qu'il soit).

C’est surtout dans cette conscience que je place LA photographie. Conscience de se dire, je vois oui, mais qu’est ce que je vois et comment avec mon appareil photo et surtout comment je veux montrer (c’est l’étape du développement de son négatif ou fichier).

Beaucoup s’arrête à je vois, je prends.

Vous citer Riboud, Capa, Salgado…. Bien entendu le travail photographique produit par ces grands photographes nécessitait un appareil léger, à l’optique lumineuse les premiers Leïca n’étaient pas si léger que cela  et si lumineux, mais étaient bien adapté pour le reportage à cette époque. L’histoire de la photo et notamment de l’image produite est totalement en lien avec l’évolution des outils. Avant les années 30 ils n’étaient pas possible de réaliser un instantané, les films étant peu sensible, le matériel lourd à déplacer…

Le temps fera la différence comme toujours entre ceux qui font des photos et ceux qui font de LA photo. Les deux coexiste et c’est très bien, il y a des personnes qui n’ont d’autres prétentions que de faire une « belle » image. D’autres espèrent faire une « bonne » image.

Je fais un peu de pub pour le magazine Réponse Photo qui a réalisé un numéro spécial intéressant sur « qu’est-ce qu’une bonne photo », hors série n°13

Je devais répondre brièvement 
Bonne journée Jean-Michel
# Patrick Moll 12-01-2012 00:53
Jean-Michel,
je pense finalement que nos points de vue ne divergent que sur un seul point : l'idée que le choix d'un smartphone puisse être autre chose qu'une option "tendance", comme vous l'écrivez. Je ne peux imaginer qu'un "vrai" photographe choisisse cet objet pour faire des "vraies" photos, inscrites dans un "vrai" projet photographique. Malgré mon admiration pour son travail, je considère les déclarations d'Annie Leibowitz sur l'iPhone comme d'un ridicule achevé. Il n'y a qu'un Duchamp, qu'un Soulages et qu'un Warhol. La transgression n'est pas un fonds de commerce, et je considère leurs plagiaires comme des rebelles de bazar. Qu'on m'explique ce qu'un smartphone apporte au regard d'un compact, et je pourrai peut-être changer d'avis. Mais j'en doute... :wink:

Sinon vous avez raison de signaler la parution courageuse du hors série de réponses Photo, qui est excellent, même si certains points de vue sont pour moi à la limite de ce que je dénonce ici. Je l'aurais bien chroniqué, mais l'ambition d'alpha-numerique est "seulement" d'aider les photographes à maîtriser leur matériel et le post-traitement de leurs images. On ne peut pas tout faire, et le sujet de ce HS sort du cadre qu'on s'est fixé dès la création du site...
# \"photophonie\" (re-suite)Jean-Michel V. 11-01-2012 12:35
j'ai relu mon texte et j'ai relu votre réponse Patrick, et je ne vois pas ou j'oppose le talent et le matériel ????

mon propos est de dire que tout matériel peut servir à avoir du talent justement....

et quand je parle des utilisateurs de chambres photographiques, c'est pour leurs qualités propres qu'ils utilisent ces chambres. C'est à dire qualité dans l'attitude que l'on doit avoir avec un tel outil. Poser la chambre, la déplacer lentement, observer bien avant de faire la photo, puisqu'avec un tel outil on ne fait pas 300 photos à l'heure.

à bientôt :-)
Jean-Michel V.
# Patrick Moll 12-01-2012 01:18
C'est l'introduction de votre premier commentaire que j'ai interprété ainsi :

Je suis toujours fasciné par cet acharnement des individus à vouloir posséder le dernier né de la technologie pour la photographie. Il me semble plus important de savoir et comprendre que ce ne sont que des outils qui doivent nous servir à exprimer un point de vue.

J'ai peut-être eu tort, mais j'y ai décelé l'idée d'un antagonisme entre l'intérêt pour le matériel et celui pour la photographie. Pour moi, l'intérêt pour son outil de travail est plus que légitime et ne dit rien d'autre que cela. Qu'il y ait des technophiles qui s'intéressent plus à l'outil qu'à ce qu'on peut en faire est une évidence, mais j'ai observé au fil des ans dans les forums qu'il s'agissait souvent d'une étape transitoire qui finit par donner naissance à une vraie ambition photographique. Il faut, de mon point de vue, soutenir et éclairer cette étape d'appropriation du matériel et non la moquer, pour aider à ce que l'envie - voire la fascination - de l'appareil cède progressivement sa place à l'envie de photographier.

En passant, je viens de parcourir votre journal photographique (unjournalphotographique.over-blog.com/) et je me suis régalé. Bravo à vous, et bonne continuation. :-)
# \"photophonie\" (suite) et (fin)Jean-Michel 12-01-2012 12:29
peut être... :D
loin de moi l'envie de railler les approches différentes de la photographie. Elles sont bien vastes et j'espère oui que certains dépassent le besoin du dernier cri technologique pour venir à la réflexion sur le contenu de l'image... ce qu'elle peut véhiculer comme sensations.
Merci de votre visite sur mon "journal"
Cordialement Jean-Michel
pour les Montpelliérains je ferais une conférence sur la photo Humaniste à Clapiers le 29 janvier à 15 h 30 salle de cinéma Jean Malige (ancienne MJC)
# Pour venir alimenter le débat...Photopole 16-01-2012 16:50
Pour venir alimenter le débat tout aussi passionné qu'intéressant, voici, non un téléphone qui fait appareil photo, mais un appareil photo qui fait téléphone !
A vous de juger ...

http://www.lemondedelaphoto.com/Polaroid-SC1630-un-smartphone-sous,6452.html
# Patrick Moll 17-01-2012 01:12
Oui, j'ai aussi vu cette news. Je suis très curieux de voir si ce concept à l'envers va marcher. A l'heure des smartphone de plus en plus fins, le pari est osé. Ce Polaroid risque de rencontrer le sort réserver aux tout-en-un qui font tout moyennement bien, mais je vais suivre son destin avec grand intérêt... :-)
# Meowcate 27-03-2012 01:05
Je me permets, tout amateur que je suis, de réfuter votre avis sur la disparition des viseurs dans les nouvelles générations d'hybrides :
Citer :
On observe actuellement un décalage important entre les aspirations des photographes et la résistance de certains médias spécialisés qui, comme lors de chaque rupture technologique, prendront le train en marche lorsqu'ils ne pourront plus faire autrement.
Je doute qu'un jour les viseurs viennent à disparaître, car ils ont des avantages que les écrans ne pourront avoir.
En exemple, le viseur crée une zone où le photographe se plonge dans son image, ne voyant que sa photo finale. L'écran force le photographe à se reculer, et ajoute autour de sa photo la vision du reste du décor qui peut être comme un parasite. Un autre exemple est que tout écran garde comme ennemi la lumière directe du soleil, celui-ci peut être perturbant avec ses reflets quand le viseur est bien à l'abri derrière son cache d'oeil.

En somme, même si les reflex garderont toujours leur viseur (c'est, après tout, la définition même de leur nom), je pense que le viseur peut retrouver du blason après le tout-écran. D'autant que la mode, nostalgique, retourne vers des appareils modernes mais empruntant des looks rétros d'anciens modèles, dont la suppression du viseur serait alors une faute de goût.
# Patrick Moll 27-03-2012 03:28
Je ne crois pas avoir prédit que les viseurs allaient disparaître, pas même sur les hybrides. Dans la phrase que vous citez, j'ai seulement souligné le décalage entre l'avis de la presse spécialisée qui considère qu'un viseur est indispensable et la grande majorité du public de cette catégorie qui s'en passe très bien, ayant grandi en photo avec des compacts sans viseur (ou avec des photophones). Je me suis laissé dire que les ventes de viseurs externes proposés pour certains appareils hybrides étaient insignifiantes, ce qui tend à montrer que la demande est effectivement faible.
Cela n'indique en rien que l'absence de viseur est préférable, et comme vous je pense le contraire (j'ai ainsi immédiatement remplacé mon NEX-5 par un NEX-7). Mais mal juger un appareil pour cause d'absence de viseur me semble aujourd'hui en décalage par rapport à la réalité des besoins et des envies des photographes. On peut trouver ce fait regrettable, mais c'est un fait, et c'est ce fait que j'ai voulu souligner dans le paragraphe que vous citez.
# Une conception extrèmeCurieux 19-12-2012 08:50
Un point à signaler est que le Smartphone atteint une limite physique pour la résolution des capteurs. L'approximation de la loi d'Airy établit que, dans les meilleures conditions de prises de vue, l'image d'un point à l'infini est un disque dont le diamètre est
1.22 f l
où f est l'ouverture et l la longueur d'onde du rayonnement. Suivant cette loi la taille des photosites de l'Iphone est inférieure au diamètre de Airy. Ceci fonctionne parce que la matrice de Bayer utilise plusieurs photosites pour composer une couleur et que cette diffusion tient lieu de filtre.

Il n'en reste pas moins que le positionnement du capteur de l'Iphone le rend difficilement perfectible sans rupture de conception majeure dans l'ensemble de l'appareil.

L'améliorer est il un enjeu ? L'Iphone représente un extréme dans la simplification de la chaîne photographique au détriment de la qualité d'image qui est excessivement moyenne.

Mais la qualité d'image elle même est toujours un compromis et beaucoup d'autres critéres interviennent dans la conception d'un dispositif photographique. J'imagine que sur le seul critére de la qualité d'image une chambre photographique de 1920 surclasserait tous les appareils à capteur APS-C.
# Patrick Moll 19-12-2012 20:57
Hormis votre hypothèse sur la chambre de 1920, je souscris totalement à votre analyse. Je ne crois d'ailleurs pas à une adoption autre que marginale du Samsung Galaxy Camera. La photographie sur smartphone fin (comme l'iPhone ou le Galaxy SIII) n'est plus très loin de la limite de son potentiel, même si le traitement logiciel peut encore faire mieux. D'où le développement massif de filtres de autres outils cache-misère...

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